La famille Batalla-Charris a été expulsée du pays mercredi.

Difficile à comprendre

ÉDITORIAL / L’expulsion vers l’Espagne de la famille d’origine colombienne Batalla-Charris, mercredi dernier, suscite à la fois incompréhension et colère.

Pourquoi une famille visiblement bien intégrée à la communauté sherbrookoise depuis près de cinq ans, dont les deux parents avaient un emploi et parlaient le français, se fait montrer la porte après avoir épuisé tous ses recours pour obtenir asile au Canada?

Malgré plusieurs manifestations d’appui de la part de la population et du maire de Sherbrooke, Steve Lussier, au cours des dernières semaines, les préoccupations exprimées par la députée fédérale de Sherbrooke, Élisabeth Brière, et les interventions énergiques de la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, les Batalla-Charris et leurs trois enfants se sont heurtés à la dureté des lois et au refus du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, d’exercer son pouvoir discrétionnaire.

La famille demandait que soit suspendue la procédure de renvoi à son endroit en attendant qu’Ottawa statue sur sa demande de résidence permanente pour des considérations humanitaires.

Du côté de Québec, la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, avait demandé au ministre québécois de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, de vérifier s’il pouvait émettre un Certificat de sélection du Québec pour la famille Batalla-Charris afin de lui donner un sursis supplémentaire et lui permettre d’entreprendre d’autres démarches. En vain.

Une telle avenue n’aurait pas été possible, de sorte que le ministère se serait contenté de faire pression sur le fédéral, avec le résultat que l’on connaît.

Bref, la machine administrative n’a pas eu de sentiments, même si le parcours de la famille Battala-Charris ressemblait à un modèle d’intégration sociale et économique.

Il est pour le moins étonnant et déplorable que cette famille, ici depuis 5 ans, ait échoué dans sa tentative d’obtenir une résidence permanente.

Et cela apparaît particulièrement choquant lorsque l’on entend les gouvernements fédéral et provincial rappeler jusqu’à plus soif l’importance de l’immigration pour répondre à la dénatalité et à la pénurie de main-d’œuvre.

Selon la députée Labrie, la famille aurait été mal informée durant ses démarches.

« La famille s’est fait expulser parce qu’elle n’a pas choisi la bonne porte; ils sont allés en appel, on aurait pu leur dire de tenter une autre démarche », fait-elle valoir.

Au bureau de circonscription de la députée Élisabeth Brière, une porte-parole a expliqué que le ministre fédéral de l’Immigration ne peut utiliser son pouvoir discrétionnaire « pour tous les cas qui sont médiatisés ».

« Il faut que ce soit un cas de sécurité s’ils retournent chez eux », a-t-on ajouté, soulignant que l’Espagne est un pays sûr.

La famille Batalla-Charris, originaire de la Colombie, un pays qui se distingue par la violation systématique des droits de la personne, a vécu huit ans en Espagne avant de s’installer à Sherbrooke.

Elle a affirme toutefois avoir été victime d’intimidation et de racisme dans ce pays, d’où ses craintes d’y retourner.

Quel espoir reste-t-il pour cette famille?

Celle-ci pourrait effectuer une demande pour un Certificat de sélection du Québec à partir de l’Espagne, croit la députée Labrie.

« On s’est assuré que le ministère de l’Immigration du Québec puisse les contacter », dit-elle.

De plus, les proches de la famille, dont le Sherbrookois Marc Nadeau, lanceront une campagne de financement de 15 000 $ pour faciliter son éventuelle réinstallation au Québec.

Cette triste histoire doit aussi interpeller l’ensemble de la classe politique de la région afin que les Batalla-Charris puissent bénéficier du soutien technique et humain nécessaire dans leurs démarches pour leur retour ici.

Il faudra bien davantage que de la sympathie et des mots d’encouragement.