Le premier ministre François Legault a imposé deux bâillons. Soit que Simon Jolin-Barrette en avait trop sur les épaules, soit le gouvernement a été trop pressé.

Deux bâillons; pas de quoi parader

CHRONIQUE / Souhaitons que François Legault dise juste en affirmant que l’adoption de la loi sur les symboles de foi favorisera à terme la cohésion sociale. Il le faudrait, même si ce n’est pas gagné d’avance. Elle est un bien précieux.

Mais son gouvernement ne peut pas parader après être passé par la porte de deux bâillons, même si la méthode d’adoption indiffère totalement une très large majorité de citoyens.

De deux choses l’une; soit le puissant ministre Simon Jolin-Barrette en avait trop sur les épaules, soit le gouvernement a été trop pressé.

Ces dernières semaines, le gouvernement aurait pu consacrer plus de temps au projet de loi sur l’immigration et aller au bout de son étude. Pour cela, il aurait fallu qu’il accepte de considérer que l’adoption du projet de loi sur la laïcité ne revêtait aucun caractère d’urgence; et qu’il aurait pu être soumis au vote final des députés l’automne prochain.

Même le Parti québécois blâme plus l’équipe gouvernementale que les libéraux pour les deux bâillons législatifs! Pour lui, le manque de collaboration du ministre Jolin-Barrette a pesé davantage que les coups de frein des libéraux.

Le programme politique du gouvernement a prévalu sur l’agenda parlementaire.

Des fautes

Le parcours de toute cette saga a été ponctué de fautes. Pas d’erreurs, mais bien de fautes. Ce n’est pas la même chose.

L’un des plus grands regrets que l’on peut avoir, c’est que le gouvernement de Jean Charest et celui de Philippe Couillard n’aient pas donné suite au rapport Bouchard-Taylor. Aujourd’hui, les enseignants ne seraient pas concernés par les restrictions.

L’autre regret est que le gouvernement de Pauline Marois n’ait pas fait le choix du rapport Bouchard-Taylor. Il avait plutôt choisi d’aller beaucoup plus loin que la proposition que le gouvernement Legault a fait adopter.

En ce sens, la nouvelle loi sur la laïcité se situe au centre. Même si elle est restrictive, la clause de droit acquis a le mérite d’exister.

Pas fini

Début mai, au lancement des auditions publiques sur le projet de loi sur la laïcité, j’écrivais que son adoption ne mettrait pas fin au débat; que si elle permettait, sur le plan politique, de tourner la page, ce ne serait que bien momentanément. Je ne peux que répéter la même chose.

Certes, le gouvernement de François Legault ne reviendra pas sur la question d’ici la fin de son actuel mandat. Mais à l’orée de la prochaine campagne électorale, en 2022, le Parti québécois pourrait être tenté de promettre plus formellement qu’il ne l’a fait jusqu’ici d’élargir l’interdiction de porter des signes religieux au personnel des services de garde et d’inclure les écoles privées dans le périmètre d’application de la loi.

Je pense encore que même si elle n’a pas envie de rejouer dans ce film, la Coalition avenir Québec pourrait elle-même, lors de la prochaine campagne électorale, s’engager à élargir ce fameux périmètre d’application, ne serait-ce que pour ne pas laisser le champ libre au Parti québécois.

Au Parti libéral du Québec, des candidates et d’éventuels candidats à la direction risquent de faire entendre des sons de cloche divergents sur l’avenir de la loi au cours des prochains mois.

Non, ce n’est pas fini.

Et je ne parle ici que du volet politique. Car la loi sera contestée malgré les dispositions de dérogation qu’elle prévoit relativement aux chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.

Immigration utilitariste

Un mot sur l’adoption, en fin de semaine aussi, du projet de loi réformant la sélection des immigrants. Qui, au fond, peut se réjouir que les demandes formulées dans près de 18 000 dossiers aient été jetées à la poubelle?

Depuis le temps que la nouvelle méthode de sélection est annoncée, il est anormal que l’État québécois ne soit pas passé à travers tous les dossiers du genre. Car cette réforme, bien qu’incomplète jusqu’ici, a été amorcée il y a plus de quatre ans, soit sous l’égide de l’ancienne ministre de l’Immigration, la libérale Kathleen Weil.

Et il y avait encore tous ces dossiers en souffrance! On s’est mal organisé quelque part.

Cette réforme est bien évidemment un plus pour l’intégration, laquelle passe beaucoup par l’emploi. Mais réalisons tout de même que le Québec, à l’échelle du monde, fait partie de ces nations qui ont les moyens et le luxe de s’offrir un système d’immigration de plus en plus strictement utilitariste.