Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne
L’ACFA aura d’ici la fin du mois une équipe de 10 travailleurs de rang dans sept régions du Québec, dont l’Estrie, où Rachelle Houle est en poste depuis janvier dernier.
L’ACFA aura d’ici la fin du mois une équipe de 10 travailleurs de rang dans sept régions du Québec, dont l’Estrie, où Rachelle Houle est en poste depuis janvier dernier.

Détresse dans les rangs

On parle beaucoup depuis quelques années de détresse psychologique chez les jeunes et dans la société en général, mais beaucoup moins chez les agriculteurs qui, pourtant, sont durement affectés par ce problème en raison de la nature de leur travail et de leurs responsabilités.

D’où l’importance d’organismes comme « Au cœur des familles agricoles » (ACFA), basé à Saint-Hyacinthe, qui leur viennent en aide depuis quelques années.

L’ACFA aura d’ici la fin du mois une équipe de 10 travailleurs de rang dans sept régions du Québec, dont l’Estrie, où Rachelle Houle est en poste depuis janvier dernier.

La jeune femme va à la rencontre des producteurs agricoles afin de connaître leur situation et leurs besoins et les diriger vers les services qui peuvent les aider.

Depuis 2016, la Fondation JEVI, en étroite collaboration avec l’Union des producteurs agricoles, offre pour sa part une formation aux intervenants du milieu agricole (producteurs, proches, vétérinaires, fournisseurs) pour détecter les cas de détresse psychologique.

Les données sur ce problème parlent d’elles-mêmes : une étude réalisée en 2006 par Ginette Lafleur, directrice générale adjointe de l’ACFA, qui complète actuellement un doctorat sur la santé mentale et le suicide chez les agriculteurs, démontrait qu’un producteur sur deux était en détresse psychologique dans la province.

Les causes sont multiples, notamment la surcharge de travail, les longues heures où le producteur agricole est seul, l’endettement et les conflits avec les proches.

Bref, il n’y a pas que l’amour dans le pré! Et malheureusement, la détresse psychologique peut mener au suicide.

Il n’y a pas de statistiques récentes et fiables sur le taux de suicide chez les agriculteurs québécois. Mais, signale Ginette Lafleur, « selon des données internationales, les agriculteurs sont identifiés comme un groupe plus à risque ».  

Les besoins de soutien sont importants : alors que le Québec compte 41 000 producteurs agricoles, les travailleurs de rang de l’ACFA ont fait plus de 2000 interventions en 2019 dans la province, dont 477 pour de nouveaux cas. 

En Estrie, où on compte 4600 producteurs agricoles, 45 d’entre eux ont eu recours aux services d’une travailleuse de rang entre octobre 2018 et septembre 2019.

Les contacts entre les travailleuses de rangs et les agriculteurs se font de différentes façons.

Certains producteurs demandent eux-mêmes de l’aide, mais dans la majeure partie des cas, c’est un proche inquiet qui le fait. De plus, les gens de l’ACFA font des visites aléatoires sur les fermes.

On dit que la détresse psychologique et la dépression sont les maux du 21e siècle. Et il semble bien que ceux et celles qui produisent nos aliments sont particulièrement touchés. L’ACFA, JEVI et l’UPA font un travail essentiel pour briser leur isolement et les aider.

Paralysé

L’attentisme et le manque de leadership politique du premier ministre Justin Trudeau pour mettre fin au blocus ferroviaire imposé un peu partout au pays par des écologistes et des autochtones, dont les chefs héréditaires s’opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink, en Colombie-Britannique, commencent à avoir un impact ici même en Estrie.

Le fabricant de panneaux de particules Tafisa à Lac-Mégantic, habituellement desservi par le réseau de la Central Maine & Quebec Railway, risque la paralysie en raison de difficultés à acheminer ses produits vers ses clients.

Sherbrooke Innopole s’inquiète pour sa part des problèmes d’approvisionnement en matières premières de plusieurs entreprises et craint des mises à pied.

Le monde agricole est aussi aux abois par crainte de manquer de gaz propane.

Le gouvernement Trudeau est sage de jouer la carte de l’apaisement entre les parties afin d’éviter une véritable crise nationale comme celle d’Oka en 1990.

Mais il doit entreprendre sans délai de vraies négociations avec les représentants autochtones pour permette aux trains de rouler à nouveau.