Des tragédies évitables

ÉDITORIAL / Le premier véritable week-end d'été au Québec s'est soldé par trois noyades d'enfants, dont une à Sherbrooke... trois événements tragiques et d'une infinie tristesse  qui viennent  rappeler l'importance d'avoir les jeunes baigneurs à  l'oeil en tout temps.
Outre le garçon de 8 ans décédé hier au CHUS après avoir été sorti inanimé d'une piscine résidentielle lors d'une fête d'enfants, samedi à Sherbrooke, un garçon de 11 ans s'est noyé dans une piscine de Chelsea, en Outaouais, tandis qu'un bambin de 3 ans a été retrouvé sans vie dans la rivière Noire à Upton, tous deux vendredi.
Il n'est nullement question ici de faire la morale à quiconque sachant très bien combien ces drames viennent bouleverser la vie des parents et des proches des jeunes victimes.
Toutefois, comment mieux préparer parents et enfants devant les risques de noyade, que ce soit autour d'une piscine ou sur un plan d'eau?
En plus des règles de base entourant l'installation des piscines résidentielles (clôture, serrure avec pentures à fermoir automatique, etc.), la Société de sauvetage met de l'avant la notion de «surveillance active» qui consiste à attitrer une personne à la surveillance des baigneurs lors de fêtes ou de rassemblements près d'une piscine ou d'un lac.
On ne peut évidemment clôturer les lacs et les rivières, mais la surveillance d'enfants lors d'un séjour en camping ou au chalet, par exemple, tout comme le respect des règles de sécurité de base pour la navigation (port du gilet de sauvetage, ne pas consommer d'alcool, suivre les règles de navigation), sont incontournables.
Cela dit, il est étonnant que la formation «Nager pour survivre», de la Société de sauvetage, ne soit toujours pas offerte dans les commissions scolaires de la province pour les élèves du deuxième cycle du primaire.
À la suite d'un nombre important de noyades à l'été 2012, l'ancien gouvernement Charest avait pourtant fait part de son intention d'implanter graduellement ce cours de trois heures et avait même évoqué la possibilité que l'État débloque deux millions $ pour payer les frais de transport d'élèves, de location de piscines et les salaires des moniteurs.
Mais, faute de financement, le programme a été offert dans seulement 240 écoles de la province entre 2013 et le printemps 2016.
Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, doit toutefois annoncer jeudi une importante subvention en vue de rendre accessible cette formation destinée à apprendre aux enfants à entrer dans l'eau par roulade, à s'orienter, à se maintenir en surface, puis à repérer et nager vers un endroit sécuritaire. Mieux vaut tard que jamais.
Évidemment, cela n'empêchera pas toutes les noyades, mais donnera un outil de plus aux enfants.
À Sherbrooke, Aqua Secours, affiliée à la Société de sauvetage, offre également des cours sur les normes de sécurité pour les piscines résidentielles, de même qu'une formation «Soins d'urgence aquatique» de 20 heures pour la surveillance de plans d'eau de moins de 100 mètres carrés.
Le nombre de noyades diminue au Québec depuis 25 ans : alors qu'on avait dénombré 137 noyades dans la province en 1992, selon les données du Secrétariat au loisir et au sport, de la Croix-Rouge canadienne et de la Société de sauvetage, on en a compté 72 en 2014, dernière année de statistiques officielles disponibles, dont deux en Estrie.
On compte jusqu'ici, cette année, 18 noyades, contre 16 à pareille date l'an dernier.
La majorité (69 pour cent) des noyades surviennent sur des plans d'eau naturels (lacs, rivières, étangs, chutes, etc.) et 10 pour cent dans des piscines résidentielles.
Chaque noyade est une noyade de trop et peut être évitable.
La vigilance et la prévention sont toujours de mise, mais apprendre à un enfant à nager et à bien réagir en cas d'imprévu fait aussi partie de la solution.