Des correctifs urgents s’imposent

ÉDITORIAL / Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, doit proposer rapidement des solutions pour régler les problèmes de surcharge de travail qui affectent les employés du secteur de la santé, particulièrement le personnel infirmier, alors que le nombre de congés de maladie pour des problèmes psychologiques continue de progresser dans le réseau.

Mercredi, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) a dévoilé des données du CIUSSS de l’Estrie-CHUS démontrant que le taux d’absence en raison de problèmes d’anxiété ou de dépression avait à nouveau augmenté, passant de 47 pour cent en 2014-2015 à 51 pour cent.

Ce phénomène n’est pas unique au secteur de la santé ni au CIUSSS de l’Estrie-CHUS; on les retrouve également chez les enseignants, les policiers et le personnel-cadre.

Mais le fait que les troubles psychologiques représentent la moitié des causes de congés de maladie dans le réseau de la santé doit interpeller le gouvernement Couillard.

François Courcy, professeur en psychologie organisationnelle à l’Université de Sherbrooke, indique que les causes de détresse psychologique sont multiples et ne sont pas reliées uniquement au travail puisque des facteurs externes, comme une séparation, peuvent aussi affecter l’humeur et l’énergie d’une personne.

La dépression et l’anxiété seront d’ici 2020 au deuxième rang des principales causes d’incapacité ou d’absentéisme au travail dans le monde, juste derrière les maladies cardiaques, indique l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM).

Outre leur impact chez les personnes touchées, il y a aussi des coûts : selon l’IUSMM, les coûts d’invalidité pour santé mentale représentent entre 4 et 12 pour cent des coûts salariaux au Canada.

Au CIUSSS de l’Estrie-CIUSSS, ces coûts seraient de 25 millions $ pour l’année financière en cours, selon l’APTS, de l’argent qui ne va pas aux soins de santé de la population.

On peut accuser les syndicats de vouloir noircir le portrait en vue de discréditer la réforme organisationnelle mise en place par le ministre Barrette depuis trois ans, mais les problèmes de manque de ressources, de ratios patients/infirmière trop élevés et de temps supplémentaires obligatoires doivent être résolus.

Québec doit agir face au diagnostic que posent les syndicats et aux cris du cœur comme celui lancé il y a deux semaines par l’infirmière sherbrookoise Émilie Ricard sur les réseaux sociaux.

Le ministre Barrette a pris tout le monde par surprise, la semaine dernière, en déclarant que la réforme de la santé était terminée et en annonçant de nouveaux investissements de 8,6 milliards $ pour améliorer l’accessibilité aux services et aux chirurgies.

Il a aussi fait part de son intention de se pencher sur l’enjeu des ratios chez les infirmières et leur a demandé de proposer des solutions. Fort bien.

Mais après trois ans d’une réforme du système de santé qui devait réduire la bureaucratie pour réinvestir dans les services directs aux patients, on semble loin du compte avec les problèmes d’accès aux soins, d’attente dans les urgences et de surmenage du personnel infirmier.

Il n’est pas normal que des centaines de postes d’infirmières et d’infirmiers soient disponibles et demeurent non pourvus, alors que le personnel en place est à bout de souffle, ce qui ne peut pas ne pas avoir d’impact sur la qualité des soins.

Le ministre de la Santé n’a pas la réputation de faire dans la dentelle ni de prendre les avis des autres, mais à huit mois des élections il doit reconnaître que des correctifs importants s’imposent, ce qui passe pas une meilleure écoute et un peu de compassion.