Le gouvernement amorce aujourd’hui les audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi sur la laïcité.

Des audiences déjà quasi réglées

ÉDITORIAL / Le gouvernement amorce aujourd’hui les audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi sur la laïcité. Ce débat promet de diviser la population du Québec comme il le fait déjà depuis quelques mois.

Les opposants en ont, en plus du projet de loi, contre la tenue de six jours de consultations. Ce délai sera bien trop court et ne permettra pas l’expression de tous les points de vue. Il s’agit d’un faux débat : six jours suffiront à entendre l’essentiel des positions, en faveur, contre et les abstentions. Il n’est pas nécessaire d’entendre tout, tout, tout le monde sur cette question polarisante à souhait. Une sélection des points de vue suffira. 

Certains points de vue sont boycottés, accuse-t-on. Dans notre société moderne, il y a de multiples manières de passer des messages. Il n’est pas obligatoire que ce soit lors des audiences comme tel. Diverses manifestations de protestation s’organisent déjà.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a été constant dans son approche sur son projet de loi sur la laïcité. L’interdiction de porter des signes religieux s’applique aux employés de l’État : policiers, procureurs, juges et gardiens de prison, mais aussi les enseignants des niveaux primaire et secondaire. Sur les enseignants, c’est là que le projet de loi diffère du consensus qu’avait conclu le rapport Bouchard-Taylor, en 2008. La somme des vastes consultations menées en 2007 et 2008 avait tranché que «pour tous les autres agents de l’État (enseignants, fonctionnaires, professionnels de la santé et autres), nous estimons que le port de signes religieux devrait être autorisé». C’était il y a 12 ans, mais le constat demeure valide. 

L’éphémère gouvernement du Parti québécois, entre 2012 et 2014, ratissait encore un peu plus large. Cela semblait une erreur et la population du Québec leur a fait sentir de très nette façon: Philippe Couillard a été élu sous la bannière du Parti libéral du Québec.

La CAQ vise un peu plus étroit, mais le rétrécissement des mesures coercitives ne va pas encore assez loin. En voulant contraindre les enseignants à ne pas porter de signes religieux, Simon Jolin-Barrette va à l’opposé de sa fonction de ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. Sa mesure, qu’entérine le premier ministre François Legault, va dans le sens contraire de l’inclusion. En ajoutant les enseignants dans son projet de loi, il les exclut au lieu de les inclure.

Ce serait un geste de magnanimité pour la CAQ de retirer les professeurs de son projet de loi. Cela lèverait le blocage qui paralyse la société québécoise. Cela dit, il n’est pas nécessaire de tomber dans les excès du Parti libéral dont certains membres taxent de xénophobie les supporters du projet de loi. Ou de racisme, ce qui n’est pas mieux. Nous croyons que le gouvernement n’a pas suffisamment expliqué aux Québécois tous les tenants et aboutissants du projet de loi.

Maintenant, nous savons bien qu’au terme de ces six journées de consultations, le projet de loi sera adopté. Probablement avant la levée des travaux parlementaires, à la fin juin. C’est la grande différence du projet du PQ: il était minoritaire, alors que le gouvernement de la CAQ est majoritaire. Fortement. Le PQ devait se trouver des alliés pour faire passer son projet de loi. La CAQ n’a nullement besoin de le faire, même s’il dirige une Assemblée nationale bien plus morcelée qu’avant avec l’émergence de Québec solidaire. 

Nous entrerons bientôt dans une nouvelle ère. Une ère de divisions et de tensions qui n’augurent rien de bien pour le Québec.