On ne peut que souhaiter à Justin Trudeau que Jody Wilson-Raybould ne devienne pas pour lui le cauchemar politique que Marc Bellemare a représenté pendant des années pour Jean Charest.

Déplorable, mais pas de scandale [CHRONIQUE]

CHRONIQUE / Jody Wilson-Raybould voulait que sa vérité se sache dans l’affaire SNC-Lavalin. Or, sa vérité est on ne peut plus crédible.

Les faits qu’elle a étalés sont clairs et détaillés. Elle a bel et bien subi des pressions. À répétition et sans vergogne, qui plus est.

Ces pressions étaient-elles inappropriées? Oui, en bonne partie.

Peuvent-elles être assimilées à de l’entrave, cela dit? Non. Pas plus qu’elles n’étaient illégales.

Chacun dans son rôle

Ce n’est pas pour couper la poire en deux, mais dans cette affaire, le premier ministre Justin Trudeau et son entourage, d’une part, et l’ex-ministre Jody Wilson-Raybould et ses proches, d’autre part, ont tous joué le rôle qui était le leur. Jusqu’à le surjouer.

Dans le camp de Trudeau, on l’a fait en invoquant, en plus de la défense des emplois de SNC-Lavalin et du maintien de son siège social à Montréal, le calendrier électoral. C’était clairement inapproprié.

Je le déplore, mais sans crier au scandale, car cette considération est à peu près toujours présente dans de nombreuses décisions. Cela étant, il fallait que M. Trudeau et sa garde rapprochée se sentent réellement en confiance pour s’ouvrir ainsi devant la procureure générale du Canada.

Dans le camp de Wilson-­Raybould, on a joué à fond le rôle qu’on pensait devoir exercer comme gardien de l’indépendance judiciaire en allant jusqu’à refuser de considérer une voie parallèle, mais pourtant légale pour SNC-Lavalin, soit un accord de réparation — comme il en existe dans d’autres pays, où l’on ne punit pas les entreprises, mais où l’on tente d’épingler les dirigeants.

Le problème est qu’à l’extérieur du Québec, la firme SNC-Lavalin n’est pas vue comme un fleuron à sauver, mais comme une entreprise corruptrice et championne du copinage.

Jody Wilson-Raybould ne pouvait être imperméable à cette vision. Elle ne voulait pas non plus être celle par qui une voie parallèle jamais empruntée au Canada serait prise.

La seule conclusion qui s’impose à ce stade-ci est que les carottes sont cuites pour SNC-­Lavalin. Elle n’échappera pas à son procès, peu importe les inquiétudes du gouvernement Trudeau à cet égard, ainsi que celles des élus de l’Assemblée nationale.

Marc Bellemare…

La dernière fois qu’on a entendu chez nous un ex-ministre passer à la moulinette celui qui avait été son premier ministre — avant le témoignage de Jody Wilson-­Raybould, jeudi — remonte à l’incroyable bras de fer ayant opposé l’ex-ministre Marc Bellemare à Jean Charest.

Si Mme Wilson-Raybould a été ministre de la Justice et procureure générale du Canada, M. Bellemare, lui, a été ministre de la Justice et procureur général du Québec… Ce ne sont pas les deux personnes que je compare, mais les situations dans lesquelles leurs patrons respectifs ont été placés par leurs témoignages.

Les différends ne sont évidemment pas de même nature. Mais s’il existe des âmes charitables qui pensent d’abord à Justin Trudeau, qu’elles lui souhaitent que Jody Wilson-Raybould ne devienne pas pour lui le cauchemar politique que Marc Bellemare a représenté pendant des années pour Jean Charest.

Personnellement, je ne l’imagine pas s’acharner. Elle voulait que sa vérité soit connue. C’était une question d’honneur pour elle. C’est à son honneur. Mais on n’est pas devant un scandale qui exigerait des élections précipitées, comme l’ont réclamé les conservateurs.