Pierre Jury
Le premier ministre François Legault annoncera la semaine prochaine son plan pour rouvrir les écoles, en commençant par les régions moins touchées par la COVID-19, dont l’Outaouais.
Le premier ministre François Legault annoncera la semaine prochaine son plan pour rouvrir les écoles, en commençant par les régions moins touchées par la COVID-19, dont l’Outaouais.

Déjà un déconfinement?

ÉDITORIAL / Il y a à peine une semaine, nous nous interrogions encore sur l’efficacité de nos mesures collectives de contrôle de la COVID-19. Sur le fait que nous étions, au Québec et en Ontario du moins, proches du pic de contamination. Présentement, nous devrions être en plein dedans. Et voilà que presque comme par magie, nous voilà à parler de déconfinement. D’une reprise, timide cependant, de nos activités communes. 

Nous serions aux portes d’un retour à une vie plus normale? Nous ne sommes même pas au mois de mai encore!

Il n’y a que quelques jours, on nous annonçait encore l’annulation d’événements grand public. Toutes les activités de juin, de juillet et même d’août étaient une à une remise à l’automne ou pire, à l’année prochaine.

Et nous serions sur le point d’adopter des mesures de déconfinement ?

Nous ne sommes pas aux États-Unis que diable! Là, le président Donald Trump trépigne de voir la vie reprendre son cours pour mieux mettre tout ce triste épisode de pandémie derrière lui. Cela se comprend : le plus vite les gens ont remisé dans leurs mémoires cette triste histoire de COVID-19, meilleures sont ses chances de réélection. Alors, il appelle des États à «se libérer» de leurs gouverneurs démocrates et à redémarrer leur économie. Et ça marche. La Floride rouvre progressivement ses plages, ses terrains de golf et ses salons de coiffure. Elle est imitée à des degrés divers par le Texas, le Tennessee et la Georgie.

Et le Québec songe à faire pareil ?

Il est vrai que ses statistiques ressemblent grosso modo à la Floride : moins de cas (20 000) mais plus de décès (1200). 

Le Québec a redémarré timidement son secteur de la construction domiciliaire, cette semaine. Le premier ministre François Legault annoncera la semaine prochaine son plan pour rouvrir les écoles, en commençant par les régions moins touchées par la COVID-19, dont l’Outaouais. Il doit annoncer aussi ses mesures pour le transport en commun et le port des masques chirurgicaux, ou leur équivalent.

Depuis cinq semaines que M. Legault, à l’instar de son homologue fédéral Justin Trudeau et ontarien Doug Ford, martèle le triple message : mettons l’économie à pause, lavez-vous les mains, gardez une distance de deux mètres des gens. 

Le message a été bien compris, de façon générale. Il n’y a que dans les résidences de personnes âgées, où l’on dessert une population vulnérable et souvent en perte de moyens, qu’on a serré la vis trop tard. Le Québec se retrouve avec une situation de crise dans les CHSLD où meurent trois Québécois sur quatre, et où il manque «de bras» en raison des congés forcés du personnel malade… de la COVID-19. 

La situation joue dans les mêmes eaux en Ontario, même si le portrait du coronavirus y est à peu près la moitié moins pire : la moitié de cas de COVID-19, 700 morts au lieu de 1200.

Les Québécois ont acheté la version de M. Legault que la situation est grave, mais généralement sous contrôle, respectant un scénario somme toute optimiste. 

Là, ils se font dire qu’ils pourront bientôt lever un peu la pédale du plancher, alors que la perspective d’une seconde vague de la COVID-19 est prévue pour l’automne et qu’un vaccin demeurera une perspective lointaine. François Legault peut-il choisir son camp? Est-il avec les jovialistes de Floride, ou avec les précautionneux du Canada ?