D'église à mosquée

Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, il y eut conversion des temples païens en églises, conversion imprégnée d'une attitude triomphante à l'égard des idoles qui y étaient adorées précédemment.
En l'an 1453, il y eut conquête de Constantinople par les Ottomans: immédiatement la grande et sainte basilique Saint-Sophie fut transformée en mosquée.
Aux environs de l'an 2017, verrons-nous l'aliénation de l'ancienne église Sainte-Jeanne-d'Arc de Sherbrooke au profit d'une mosquée? La conquête aura été plus subtile cette fois. Ce sera davantage l'abandon général de nos valeurs religieuses québécoises qui en sera la cause.
On peut même soupçonner que cet abandon entrainera la débâcle dans beaucoup d'autres secteurs patrimoniaux. Il m'apparaît que cette aliénation représente la pointe de l'iceberg. À tout laisser passer, on finit par se faire engloutir.
André Fortier, Sherbrooke
Le crucifix s'accroche
Dans notre société sécularisée de façon irréversible, les signes religieux, dont le principal est le crucifix, quittent l'un après l'autre les places publiques. Mais, dans certaines d'entre elles, le crucifix s'accroche, comme il l'a montré à l'hôpital Saint-Sacrement à Québec, de même qu'à l'Assemblée nationale.
Le crucifix résiste à sa disparition au titre de valeur patrimoniale. Car l'histoire du Canada écrite par des Blancs a commencé avec l'érection d'une croix dès que Jacques Cartier est débarqué sur le continent. Depuis ses origines jusqu'au milieu du XXe siècle, notre histoire est inséparable de la croix : enlever le crucifix de tout lieu public serait faire une croix sur notre histoire.
Mais est-ce que le crucifix n'aurait pas, outre une valeur patrimoniale, une valeur théologale : l'espérance? L'espérance que justice sera faite aux personnes dont la dignité est crucifiée.
Plus que jamais cette espérance, il nous la faut. (...)
Inconsciemment, nous nous disons que, si nous lâchons « la petite Espérance » dont parle Charles Péguy, nous aurons tout perdu. Car il ne nous reste qu'elle pour ne pas céder à la tentation qui a envahi un jour un battant comme Bernanos: « Le démon de mon coeur s'appelle à quoi bon. »
C'est maintenant plus que jamais, au Québec et même en Occident, le temps de l'espérance, car « il est trop tard, dit avec sagesse Yann Arthus-Bertrand, pour être pessimiste ».
Les deux valeurs qu'a le crucifix, la valeur patrimoniale et la valeur théologale, vont de pair. (...)
Quand l'espérance jaillit, la joie jaillit, la joie d'un certain jour de Pâques.
Gérard Marier, prêtre