Dans un an, les Américains seront déjà appelés à renouveler la composition de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat.

Défis majeurs pour les démocrates aux élections de mi-mandat en 2018

ANALYSE / Cela fera un an, le 7 novembre, que Donald Trump a été élu président des États-Unis et nous sommes exactement à un an des élections de mi-mandat où les Américains seront appelés à renouveler la composition de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Présentement, les républicains disposent de 52 des 100 postes de sénateurs et 240 sièges (55 %) des 435 postes de députés au Congrès. Mais la situation pourrait fort bien changer lors des élections de 2018.

Sondage après sondage, les électeurs américains montrent leurs insatisfactions à l’égard des politiques d’administration Trump et plus particulièrement à l’égard du Parti républicain. Un sondage de juillet dernier donnait 7 points d’avance aux démocrates. Cet écart s’était creusé à 11 en août et à 14 en octobre. Toutefois, si la tendance favorise les démocrates, il est encore trop tôt pour prédire l’ampleur que cette vague pourrait prendre.

Les élections locales dans différents États confirment régulièrement une forte tendance en faveur des démocrates. Des districts traditionnellement républicains en Floride ou au New Hampshire ont basculé dans le camp démocrate. De même, un candidat républicain a perdu récemment une élection partielle en Iowa par 10 points dans un district que Trump avait remporté par 21 points.

Les dirigeants républicains ont donc raison d’être inquiets. Dans les derniers sondages, seulement 20 % des Américains affirment que les membres du Congrès devraient être réélus contre 70 % qui ne le pensent pas. Or, avec un taux d’approbation de 42 % en 2006, les républicains ont perdu 30 sièges, perdant ainsi le contrôle de la chambre. De même, en 2010, les démocrates ont perdu le contrôle de la chambre en perdant 63 sièges, alors que seulement 31 % des électeurs considéraient que leurs représentants devraient être réélus.

Des données électorales remontant à 1946 démontrent que le parti détenant la présidence est susceptible de subir une importante défaite électorale si la majorité des électeurs désapprouvent le président. Lors que le taux d’approbation du président se situe au-dessus de 50 %, son parti perd en moyenne 14 sièges à la chambre des représentants.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, il n’y eut que deux élections où le parti au pouvoir n’a pas perdu de sièges, soit en 1998 et en 2002. Or, Clinton et Bush avaient tous deux des taux d’approbation dépassant largement les 60 %. Si Eisenhower en 1954, Kennedy en 1962 et Reagan en 1986 avaient aussi tous des taux d’approbation de plus de 60 %, cela n’a pas empêché pour autant leur parti de perdre des sièges lors des élections de mi-mandat.

La perte de sièges par le parti détenant la présidence est beaucoup plus dramatique lorsque le président a un taux d’approbation inférieur à 50 %. Les pertes se situent alors en moyenne à 36 sièges. Périodiquement, on peut même assister à des raz de marée en faveur du parti d’opposition comme cela est survenu en 1994 ou 2010.

Or, la situation n’augure pas bien pour les républicains. Non seulement le taux d’approbation des représentants républicains se situe en bas de 20 %, mais le taux d’approbation du président oscille depuis six mois entre 35 et 40 %. On devrait donc s’attendre, en tenant compte de la tendance du vote et du haut taux d’insatisfaction à l’égard de l’administration Trump, à voir les républicains perdre à la fois le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants.

En d’autres termes, tous les signes pointent vers une importante défaite électorale des républicains en 2018. Pourtant, les jeux ne sont pas encore faits. Si certains démocrates sont anxieux, ils ont bien raison de l’être. La cause est bien simple, elle découle du « gerrymandering ». Depuis 2010, les républicains ont utilisé leur contrôle des assemblées législatives des États pour systématiquement redistribuer les districts du Congrès sur une base partisane.

Par exemple, les deux grands partis obtinrent en 2016 en Pennsylvanie un pourcentage électoral similaire au niveau du Congrès. Néanmoins, les républicains furent en mesure de s’assurer grâce à la refonte des districts électoraux
13 des 18 postes de représentants de l’État. De même, ils obtinrent 7 des11 sièges de la Virginie alors que les démocrates avaient pourtant obtenu 3 % de plus dans les votes pour élire leurs représentants.

Une simulation récente montre qu’à cause du « gerrymandering », les démocrates, avec un pourcentage de 54 % du vote populaire contre 46 %, n’obtiendraient néanmoins en 2018 que 206 sièges comparativement à 229 pour les républicains. Les jeux sont donc loin d’être faits. Tout dépendra si les démocrates bénéficient ou non d’une forte vague électorale en 2018.

Pour l’instant, les dirigeants républicains sont nerveux. Plusieurs anticipent même la possibilité de perdre le contrôle des deux chambres. Des signes d’effroi sont palpables. Plusieurs grands ténors dans des districts ou des États où la lutte promet d’être serrée choisissent simplement de ne pas se représenter.

Plus encore, certains républicains évoquent même l’idée que le contrôle des deux chambres par les démocrates amènerait inévitablement une mise en accusation de Donald Trump, suivi d’un procès devant le sénat. Si la possibilité de destituer Trump est faible, le pouvoir de ce dernier serait fortement diminué par un contrôle du Congrès par les démocrates. En ce sens, les élections de mi-mandat de 2018 promettent d’être parmi les plus importantes de l’histoire électorale américaine.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.