De toute évidence, le gouvernement de Justin Trudeau devra démontrer qu'il sait administrer un pays en bon père de famille.

Déficits à juguler

Sans un redressement significatif, le gouvernement fédéral enregistrera des déficits à répétition jusqu'en 2050. Résultat, la dette pourrait doubler d'ici là pour franchir le cap des 1500 milliards de dollars. Ces projections sont tirées d'un rapport publié en catimini par le ministère des Finances quelques jours avant Noël.
Lors des dernières élections, les Canadiens ont certes approuvé le programme des libéraux prévoyant quelques déficits. Ils n'ont pour autant donné un chèque en blanc au gouvernement de Justin Trudeau, surtout pas pour des déficits à répétition jusqu'en 2050. Juste pour 2016, la récente mise à jour prévoit un déficit de 25,1 milliards. Si les politiques budgétaires devaient être maintenues, le manque à gagner se maintiendra d'ailleurs au-dessus des 20 milliards par année de 2025 à 2045.
Ces chiffres donnent le vertige. Lors du dernier scrutin, la plateforme électorale des libéraux a charmé les électeurs. En période de ralentissement économique, ceux-ci ont compris qu'un coup de pouce de l'État était souhaitable. Après tout, un ou deux déficits, ce n'est pas la mer à boire. Ils ont aussi vu qu'emprunter pour le renouvellement d'infrastructures, qui en ont bien besoin d'ailleurs, représente un investissement rentable. Ce n'est pas comme utiliser la carte de crédit pour payer l'épicerie.
Pour le commun des mortels, ces prévisions sont également difficiles à comprendre. Après tout, le gouvernement Trudeau n'a pas encore donné le feu vert à des investissements majeurs pour la réfection ou la construction d'infrastructures. Il n'a pas non plus versé d'argent à Bombardier. Pour l'instant, ses engagements se limitent à des baisses d'impôt sur le revenu des particuliers et à la bonification des allocations pour enfants. Bien sûr, il y a eu un ralentissement économique en raison de la chute du pétrole, mais quand même.
En matière de santé, il a certes conclu quelques ententes avec les provinces de l'Atlantique, mais ne parvient pas à s'entendre avec le reste du pays. Notons qu'Ottawa entend limiter la hausse annuelle de ses transferts en santé à 3,5 %, soit quasiment le taux établi par le gouvernement précédent.
Cette administration envisageait l'avenir de manière totalement différente. Dans sa mise à jour de 2014, le gouvernement de Stephen Harper prévoyait engranger des surplus substantiels à partir de 2021, ce qui allait se traduire par l'effacement de la dette du Canada en 2040. Les Canadiens en arriveront-ils un jour à regretter la gestion rigoureuse des finances par les conservateurs? De toute évidence, le gouvernement de Justin Trudeau devra démontrer qu'il sait administrer un pays en bon père de famille.
Accumuler les déficits et reporter la dette sur les générations futures constitue un cliché usé à la corde. C'est néanmoins une avenue que trop de gouvernements ont empruntée jusqu'ici. La sagesse commande une gestion réfléchie des finances publiques et des investissements judicieux. Certes, le gouvernement Trudeau prévoit que le poids de la dette va s'alléger par rapport à la taille de l'économie, diminuant de moitié pour se situer à 17,3 % en 2055. Il s'agit évidemment de prévisions. Tout comme en météo, il vaut mieux donc ne pas trop s'y fier.
Le gouvernement Trudeau doit quand même y voir un signal d'alarme. Les déficits à répétition ont entraîné bien des pays dans une spirale dont il est extrêmement difficile de s'extraire. Le réveil est toujours brutal. Refiler aux générations futures la facture d'investissements productifs qui vont leur assurer un brillant avenir est une chose. Dépenser sans compter en est une autre.