Défendre la démocratie

ÉDITORIAL / La ligne dure des tribunaux espagnols contre les indépendantistes catalans, dont huit sont incarcérés depuis jeudi, et le mandat d’arrêt européen à l’encontre du président Carles Puigdemont, qui se trouve en Belgique, constituent un déni de démocratie qui est accueilli jusqu’ici par le silence assourdissant des grandes démocraties.

Et cela est particulièrement flagrant du côté de l’Union européenne, toujours prompte à défendre les grands principes démocratiques, mais qui appuie le gouvernement espagnol et ne démontre aucune sympathie pour ces dirigeants élus qui ont appuyé la déclaration d’indépendance de la Catalogne, le 27 octobre dernier.

Idem au gouvernement du Québec, qui a pourtant une entente de coopération avec le gouvernement autonome de Catalogne.

Mardi dernier, le premier ministre Philippe Couillard, qui a refusé de reconnaître la déclaration d’indépendance de la Catalogne, avait estimé que cette région n’était pas victime d’oppression de la part de Madrid et que le principe d’auto-détermination des peuples ne s’appliquait pas à cette situation, prônant plutôt le « dialogue démocratique » et la négociation.

Comment peut-on avoir un « dialogue démocratique » lorsque l’on envoie ses interlocuteurs en prison?

Même réserve du côté d’Ottawa sur les méthodes utilisées par Madrid pour mater un mouvement démocratique. Le député conservateur de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes, a toutefois dénoncé la situation avec aplomb, jeudi, affirmant qu’il ne s’agit pas de prendre le parti d’un camp ou de l’autre, mais de condamner les méthodes du gouvernement espagnol.

Selon lui, le silence du Canada est inquiétant alors ce qui se passe en Espagne interpelle « toute personne qui se préoccupe de la situation démocratique partout à travers le monde ».

Lors du référendum du 1er octobre dernier, « interdit » par la justice espagnole et marqué par la répression policière, les Catalans avaient appuyé l’indépendance à 91 pour cent, bien que seulement 43 pour cent des électeurs aient voté.

Après la déclaration d’indépendance du Parlement de Catalogne, le gouvernement espagnol a placé la région autonome sous tutelle, dissous le Parlement, destitué le président Puigdemont et annoncé des élections anticipées d’ici la fin de l’année. Madrid soutient que la Constitution espagnole interdit toute démarche de sécession.

Personne n’est obligé d’appuyer la déclaration d’indépendance de la Catalogne (adoptée en l’absence des députés de l’opposition), mais il est du devoir des dirigeants des pays démocratiques d’au moins condamner les arrestations.

En prétendant que cette crise ne concerne que l’Espagne, ces derniers jouent le jeu du gouvernement de Madrid et nient la légitimité démocratique du mouvement indépendantiste catalan.

On ne peut se dire démocrate et fermer les yeux lorsque la démocratie est bafouée par des arrestations de dirigeants élus par le peuple.

... et aller voter

Les Sherbrookois sont loin des préoccupations du peuple catalan et sont nombreux à vouloir oublier les référendums sur la souveraineté de 1980 et 1995.

Toutefois, à la veille des élections municipales de demain, il faut rappeler l’importance d’aller voter pour choisir les élus-es qui prendront en main les destinés de la Ville de Sherbrooke pour les quatre prochaines années.

Bien que certains enjeux ont été pratiquement ignorés dans les débats des dernières semaines, notamment la protection des espaces verts, la lutte à la pauvreté et la nécessité de freiner l’utilisation de la voiture individuelle, à l’exception de Sherbrooke Citoyen sur ce dernier point, les citoyens doivent choisir ceux et celles qui défendront les enjeux qui leur semblent prioritaires.

Lors du scrutin de 2013, seulement 42 pour cent des Sherbrookois s’étaient prévalus de leur droit de vote.

Le conseil municipal constitue le niveau de gouvernement le plus proche du citoyen et voter est une responsabilité démocratique. Parlez-en aux Catalans.