Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
«Les intervenants sur le terrain le répètent depuis belle lurette : les personnes toxicomanes n’ont pas besoin d’être entraînées dans un carcan judiciaire, elles ont besoin de soins, de ressources et d’accompagnement», écrit Alexandre Leduc.
«Les intervenants sur le terrain le répètent depuis belle lurette : les personnes toxicomanes n’ont pas besoin d’être entraînées dans un carcan judiciaire, elles ont besoin de soins, de ressources et d’accompagnement», écrit Alexandre Leduc.

Décriminalisation de la possession simple: M. Legault, de quoi avez-vous peur?

 Alexandre Leduc
Alexandre Leduc
Député d’Hochelaga-Maisonneuve, Québec solidaire
Article réservé aux abonnés
POINT DE VUE / « En politique, on se fait parfois de drôles d’amis », dit un vieil adage. Il n’est en effet pas rare que les soubresauts de la vie politique donnent lieu à d’étranges mariages de circonstance entre des gens que tout semble pourtant opposer au chapitre des valeurs. Nous en avons eu un rappel éloquent au cours des dernières semaines dans le débat sur la décriminalisation de la possession simple de drogue pour un usage personnel.

De gauche à droite du spectre politique, la pression monte depuis plusieurs mois pour qu’Ottawa décriminalise la possession simple. L’été dernier, devant le nombre record de surdoses liées aux opioïdes, le gouvernement de la Colombie-Britannique a exhorté le premier ministre Justin Trudeau à emprunter la voie de la décriminalisation.

Fin novembre, les conseillers municipaux de Vancouver ont adopté une motion réclamant au gouvernement fédéral le pouvoir de décriminaliser la possession simple, au moment même où l’Oregon devenait le premier État américain à décriminaliser la possession et l’usage personnel de toutes les drogues. La Ville de Montréal, à l’initiative du conseiller indépendant de Snowdon, Marvin Rotrand, a emboîté le pas aux élus vancouvérois il y a deux semaines. 

Même le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, est allé jusqu’à déclarer récemment que les personnes toxicomanes ne devraient pas écoper de peines criminelles!

À l’extérieur de l’arène politique aussi, la décriminalisation de la possession simple a donné lieu à des alliances surprenantes. Les intervenants sur le terrain le répètent depuis belle lurette : les personnes toxicomanes n’ont pas besoin d’être entraînées dans un carcan judiciaire, elles ont besoin de soins, de ressources et d’accompagnement. Mais cette fois, leurs appels ont trouvé des échos inattendus. 

L’Association canadienne des chefs de police, les directeurs de la Santé publique du Canada, du Québec et de Montréal – les docteurs Tam, Arruda et Drouin –, et même le SPVM, se sont tous rangés derrière la même conclusion: il faut avoir un débat de société sur la décriminalisation de la possession simple. De l’aveu du SPVM lui-même, la dépendance aux drogues n’est pas un crime : c’est un problème de santé publique. 



« Il y a aujourd’hui une véritable fenêtre d’opportunité pour entamer une conversation nationale sur cet enjeu aussi complexe que délicat : quels avantages y a-t-il à décriminaliser la possession simple de drogues? »
Alexandre Leduc, député d’Hochelaga-Maisonneuve

Un changement d’approche s’impose. C’est d’ailleurs ce qu’a commencé à faire la directrice des poursuites pénales du Canada l’été dernier, en envoyant une directive à ses procureurs leur demandant d’éviter de lancer des poursuites criminelles pour des délits de possession simple de stupéfiants, sauf dans les situations où la sécurité publique est sérieusement en jeu. 

Il y a aujourd’hui une véritable fenêtre d’opportunité pour entamer une conversation nationale sur cet enjeu aussi complexe que délicat : quels avantages y a-t-il à décriminaliser la possession simple de drogues? Comment lutter contre l’isolement des personnes toxicomanes, exacerbé dans le contexte de la pandémie? Et surtout, comment améliorer leur sécurité et leur accès à des soins de santé?

En décembre dernier, j’ai déposé une motion à l’Assemblée nationale pour demander au gouvernement de la CAQ de lancer un chantier transpartisan afin d’étudier la question de la décriminalisation de la possession simple de toutes les drogues. Ma motion a reçu l’appui de tous les partis… à l’exception de la CAQ. 

Pourtant, dans son plan stratégique 2019-2023, le Ministère de la Justice s’engage à favoriser le recours à des mesures alternatives aux tribunaux en matière criminelle et pénale, notamment en soutenant « l’implantation de programmes d’adaptabilité visant entre autres les personnes judiciarisées ayant des problèmes de santé mentale, des problèmes de toxicomanie ou vivant en situation d’itinérance ». En clair, le Ministère semble tout à fait ouvert philosophiquement à cette approche de réduction des méfaits. C’est plutôt du côté du conseil des ministres qu’on semble frileux. 

La décriminalisation de la possession simple est un dossier sensible, certes. Il nécessite la consultation d’experts, d’intervenants sur le terrain et des élus de toutes les familles politiques. C’est précisément ce type d’exercice que j’ai voulu mettre de l’avant avec ma motion. Qu’est-ce qui empêche donc le gouvernement de la CAQ de lancer la discussion, tout simplement? 

La CAQ nous a habitués depuis deux ans à monopoliser la patinoire. Or, on l’a vu dans la triste saga de l’exemption du couvre-feu pour les personnes itinérantes: quand François Legault s’entête, il a tendance à échapper la rondelle. Et si, dans le débat inévitable sur la décriminalisation, le premier ministre acceptait de jouer en équipe?