Denis Dufresne
La décision de la Ville de Sherbrooke d’étudier la possibilité de bannir les herbicides à base de glyphosate sur son territoire, dont le controversé « Roundup », est courageuse et mérite d’être saluée.
La décision de la Ville de Sherbrooke d’étudier la possibilité de bannir les herbicides à base de glyphosate sur son territoire, dont le controversé « Roundup », est courageuse et mérite d’être saluée.

Décision courageuse

ÉDITORIAL / La décision de la Ville de Sherbrooke d’étudier la possibilité de bannir les herbicides à base de glyphosate sur son territoire, dont le controversé « Roundup », est courageuse et mérite d’être saluée.

Mais cela l’expose à une levée de boucliers de la part de l’industrie et du monde agricole.

Bref, la partie n’est pas gagnée!

La toxicité du glyphosate sur l’humain, les organismes vivants et l’environnement est l’objet de vifs débats depuis plusieurs années alors que les risques sont mal documentés et qu’il manque d’études épidémiologiques approfondies, notamment au Québec.

Le glyphosate est parmi les herbicides les plus utilisés dans le monde.

Il est présent dans plus d’une centaine de produits vendus au Canada et est largement utilisé par les agriculteurs pour tenir à distance les mauvaises herbes des champs de culture.

Les herbicides sont également très populaires chez les banlieusards et les propriétaires de terrains de golf désireux d’avoir une pelouse d’apparence impeccable.

Si plusieurs municipalités québécoises restreignent l’usage des pesticides (dont font partie les herbicides), seule la Ville de Montréal a banni le glyphosate sur son territoire, l’an dernier. 

Québec envisage aussi de le faire.

L’Union des producteurs agricoles avait qualifié cette décision de « précipitée » et exprimé ses craintes que d’autres municipalités emboîtent le pas.

Elle avait fait valoir que ses membres auraient des problèmes de productivité et de concurrence si on leur interdisait d’utiliser ce produit, alors que ce secteur est déjà fragilisé par l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne et le récent Accord États-Unis-Mexique-Canada. 

Néanmoins, il faut mener urgemment des études poussées et indépendantes sur les risques des herbicides sur la santé et l’environnement. 

De reste, l’UPA demande au ministère de la Santé du Québec de financer une étude épidémiologique dans la province pour mieux comprendre l’impact de l’exposition aux pesticides sur la santé des producteurs, de leurs employés et de leur famille.

En 2013, en Montérégie, un groupe de travailleurs agricoles avait alerté la Direction de la santé publique au sujet de cas suspects de cancers du pancréas.

Il n’existe toutefois pas de consensus scientifique sur les risques du glyphosate sur la santé humaine, bien que de nombreux chercheurs et groupes environnementaux considèrent ce produit dangereux et réclament son bannissement.

De plus, certaines études démontrent que le glyphosate serait moins facilement dégradé et absorbé par les sols que le prétend l’industrie et présenterait un risque pour les oiseaux et les abeilles, notamment. 

En 2015, cet herbicide a été déclaré cancérogène « probable » par l’Organisation mondiale de la santé.

En revanche, Santé Canada considère qu’il est « peu probable » qu’il présente un risque de cancer pour les humains s’il est utilisé de façon sécuritaire.

L’Agence américaine pour la protection de l’environnement et l’Agence européenne évaluant les produits chimiques ont aussi déterminé que le glyphosate n’est pas cancérigène.

Certaines études font toutefois un lien entre les pesticides et la maladie de parkinson, tandis que l’exposition des femmes enceintes à ces produits pourrait causer des problèmes au fœtus.

Malheureusement, les gouvernements réglementent les pesticides en se basant souvent sur des études fournies par l’industrie, sans compter les pressions à peine subtiles des lobbyistes, plutôt que de défendre la santé publique.

L’avenir dira si la Ville de Sherbrooke interdira la glyphosate sur son territoire.

Un éventuel bannissement du glyphosate dans le monde agricole devra se faire de façon graduelle et en offrant des solutions de rechange aux producteurs.

Mais en ville? Il n’y a aucune raison, à l’exception de critères purement esthétiques, de tolérer ce produit potentiellement dangereux.

Alors que la planète vit une crise environnementale sans précédent, le principe de précaution devrait prévaloir dans l’attente d’études épidémiologiques approfondies et indépendantes.

Il faut lever le drapeau rouge!