Décevant

ÉDITORIAL / Après des années d'études et de démarches auprès de transporteurs aériens, la relance de l'aéroport régional de Sherbrooke se fait toujours attendre et ressemble de plus en plus à un boulet pour le maire Bernard Sévigny qui en a fait une priorité depuis 2012.
Il faut saluer la conviction et la ténacité du maire pour ce projet considéré comme vital pour le développement économique de la région de Sherbrooke, mais qui n'en finit plus de finir.
Devant les membres de la Chambre de commerce de Sherbrooke, en avril 2012, M. Sévigny avait affirmé que le développement de l'aéroport s'imposait comme le grand rendez-vous « qui va façonner l'histoire de notre ville et de notre région ».
Il jugeait même ce projet aussi important que l'implantation de l'Université de Sherbrooke en 1954 et la construction de l'autoroute 10 au début des années 1960.
En avril 2013, il avait réitéré son engagement et la nécessité d'attirer un transporteur aérien pour relier Sherbrooke à Montréal et Toronto, avec l'appui indéfectible de la Chambre de commerce.
Sherbrooke s'est malheureusement heurtée à plusieurs embûches depuis, notamment un partenariat avec WestJet qui ne s'est pas matérialisée et, surtout, le refus du gouvernement fédéral d'accorder à l'aéroport régional une désignation de l'Administration canadienne de sûreté du transport aérien, la privant ainsi d'une aide financière fédérale pour les systèmes de contrôle de sécurité, d'un coût de 500 000 $.
Devant l'insuccès de ses démarches, la Ville avait même exploré en 2014 un possible partenariat avec l'aéroport de Burlington.
Durant la campagne électorale fédérale de 2015, la députée de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau, avait fait du dossier de l'aéroport une priorité, avant de concéder l'automne dernier qu'il s'agissait d'un enjeu à long terme... comme si le projet venait d'emprunter une voie secondaire.
À cela s'ajoute la mise en suspens du projet de centre d'expertise en sûreté aéroportuaire, faute de financement et d'intérêt de la part de clients potentiels, qui devait consolider les activités de l'aéroport de Sherbrooke.
Et dernièrement, Bernard Sévigny a dû rectifier le tir après que le directeur général de la Ville, Yves Vermette, eut déclaré que les démarches en cours porteraient leurs fruits en 2019, en affirmant que Sherbrooke travaillait plutôt dans la perspective d'avoir des vols commerciaux en 2017.
Le maire a certes tout intérêt à atteindre cet objectif avant les élections municipales de novembre prochain, mais pourquoi est-ce si long et si compliqué?
Les incertitudes et le manque d'information sur l'évolution du dossier ont aussi créé des dissensions au conseil municipal, particulièrement chez les conseillers Jean-François Rouleau et Pierre Tardif, qui ont réclamé un moratoire sur les dépenses reliées au projet.
La Ville a toutefois levé une partie du voile lors d'un atelier de travail public des élus, lundi soir, pour dire qu'elle estime à 75 000 le nombre de passagers annuels qui pourraient utiliser l'aéroport si une compagnie aérienne y offrait des vols commerciaux, ce qui impliquerait des dépenses de 900 000 $ pour différents services. C'est toujours ça de gagné.
Rien, toutefois sur les pourparlers avec les transporteurs.
L'isolement relatif de Sherbrooke faute de liaison aérienne entre la région, Montréal et Toronto, milite en faveur d'une desserte commerciale quotidienne, d'autant plus que plusieurs villes de taille semblable à Sherbrooke, notamment Kingston, Waterloo et Red Deer ont des liaisons commerciales qui desservent des dizaines de milliers de passagers par année.
Il est décevant et un peu incompréhensible qu'après cinq ans de démarches et d'espoir l'agglomération Sherbrooke n'ait toujours pas de desserte aérienne commerciale.
Le maire Sévigny avait placé la barre haute en 2012 et semble toujours aussi déterminé à relancer l'aéroport régional, mais il n'est toujours pas parvenu à concrétiser son engagement.