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De quoi pleurer, PM Trudeau

Oui, PM Trudeau, il y a d’autres raisons de pleurer à la Chambre des Communes. En voici une.

Avec votre loi C-14 sur l’aide médicale à mourir, en juin 2016, vous avez exclu les grands souffrants de la vie. Pourtant, la Cour suprême du Canada, dans son jugement unanime en février 2015 (arrêt Carter), rendait possible l’aide médicale à mourir tant aux personnes en fin de vie qu’aux personnes rendues à la fin de leur vie, affligées par des douleurs et des souffrances intolérables.

Voici pourquoi il y a de quoi pleurer en Chambre. Exclus, certains se suicident (se tirer devant un train, s’immoler par le feu), d’autres arrêtent de manger et de boire, certains espèrent un « meurtre par compassion », nombreux cessent de prendre les médicaments antidouleurs, d’autres s’obligent à affronter très péniblement le chemin des tribunaux, d’autres quittent le Canada pour aller mourir en Suisse, loin de leurs proches et de leurs soignants, ayant à vivre d’atroces absences. Ce qui est inhumain, cruel et honteux. 

Je vous mets au défi de ne pas pleurer en rencontrant et en écoutant Margo Ménard. En mars dernier, elle a accompagné son fils Sébastien (de votre âge), pour un suicide assisté en Suisse, faute d’une aide médicale à mourir au Canada.

Voici ce qui devrait aussi vous injecter une dose de tristesse importante : les professionnels de la santé œuvrent loin de la sérénité clinique. Avec votre concept de « Mort naturelle raisonnablement prévisible », vous vous êtres éloignés des années-lumière en apportant un flou juridique et clinique. Ce concept est une vraie arme de confusion massive chez les soignants et chez les établissements de soins.

Pour vous éviter des excuses futures, vous devez référer immédiatement C-14 à la Cour suprême. Arrêtez de vous cacher derrière le prétexte qu’il faut attendre les résultats des contestations juridiques en cours. Vous savez que celles-ci aboutiront de toute façon devant ce tribunal, mais que, pendant ce temps, des dizaines et des dizaines de Canadiens seront soumis à des souffrances inhumaines ou auront recours à des moyens violents pour y mettre fin. Un peu de compassion de votre part éviterait toutes ces tragédies inutiles. Argumenter en abondance autour de « loi équilibrée » et des plaignants déjà devant les tribunaux serait insuffisant, même indigne et honteux.

Monsieur le PM Trudeau, osez la compassion maintenant. Référez C-14 à la Cour suprême. Ne pas le faire serait sans-cœur.

Yvon Bureau
Travailleur social
Consultant bénévole pour un mourir digne et libre
Québec