Jeudi, au débat des chefs, Manon Massé, Philippe Couillard, Jean-François Lisée et François Legault devront démontrer qu’ils ont les qualités d’un premier ministre et qu’ils ont une vision du Québec après le 1er octobre 2018.

De marchand général à PM

ÉDITORIAL / Ils se comportent comme des marchands généraux depuis le 23 août, offrant de tout pour tous. Jeudi, au débat des chefs, Philippe Couillard, Jean-François Lisée, François Legault et Manon Massé devront démontrer qu’ils ont les qualités d’un premier ministre et qu’ils ont une vision du Québec après le 1er octobre 2018. Jusqu’à maintenant terne, la campagne pourrait enfin devenir intéressante.

Le débat des chefs marque souvent un tournant. Cette année, l’exercice s’avère encore plus important et délicat pour les partis étant donné le nombre important d’indécis — 44 % des électeurs pourraient changer d’idée après le débat des chefs selon un récent sondage Léger-Le Devoir-The Gazette — mais aussi, parce que dans la présente campagne le poids des baby-boomers et des générations X et Y est le même. 

«Un gouvernement de la CAQ serait bon pour tous les Québécois, pour les péquistes, pour les libéraux mous. On a besoin, tous les Québécois, d’avoir un changement et d’essayer une nouvelle équipe», disait lundi François Legault. Mardi, il suggérait aux électeurs de se demander s’ils voulaient «19 ans de libéraux». 

Mais encore?

L’envie de changement est certes grande après 15 ans de règne libéral quasi ininterrompu, mais l’exercice démocratique ne se limite pas à changer des acteurs. Même si certains candidats semblent avoir beaucoup d’aisance à passer d’un parti à l’autre, il serait désolant que la responsabilité des électeurs se résume à remplacer «une gang» par une autre.

Les Québécois veulent quel genre de Québec, quel type de société? Ils veulent prioriser quoi? Un scrutin devrait servir à partager et à fixer collectivement des objectifs, à se mobiliser pour les atteindre. Pas seulement à sanctionner l’équipe sortante.

Voulant peut-être démontrer qu’ils ne sont pas «déconnectés» de M. et Mme Tout-le-Monde et qu’ils sont près de leurs préoccupations quotidiennes, les partis ont multiplié les micromesures ciblées depuis le début de la campagne. Boîte à lunch dans les écoles, prix de stationnement réduit pour ceux qui doivent se rendre à l’hôpital, deuxième carte d’assurance-maladie pour les enfants. 

Où sont les grands projets stimulants (ce qui n’exclut pas qu’ils puissent être difficiles à mener) qui permettraient au Québec de se démarquer, d’être avant-gardiste, d’être un modèle? Comme il a su par exemple le faire par le passé en adoptant une loi sur l’équité salariale ou en se dotant d’une politique familiale qui a facilité la conciliation travail-famille des parents, la participation des jeunes mères au marché du travail et permis de tendre vers une plus égalité des chances des enfants.

Ces derniers jours, les chefs ont tenté de définir quelle sera LA question de l’urne. M.Couillard souhaite que ce soit l’immigration et l’économie. M. Legault veut que ce soit le bilan du gouvernement libéral. Mme Massé pointe la lutte aux changements climatiques. 

Les électeurs, qu’importe leur génération, veulent sûrement aussi un gouvernement qui propulsera le Québec un peu plus loin, qui établira des politiques publiques pour que sa population soit en meilleure santé physique et mentale, plus scolarisée, plus créative, pour que les inégalités sociales et économiques s’estompent, pour que la langue française soit protégée, pour que la fiscalité soit plus équitable, pour que les entreprises innovent et ne soient plus à la traine en matière de productivité, pour que la lutte aux changements climatiques prenne réellement forme. 

Plusieurs souhaitent aussi que les élus gèrent les fonds publics judicieusement, sans appliquer une rigueur budgétaire en début de mandat, afin de pouvoir dépenser sans compter quelques mois avant le scrutin. 

Des chefs jouent leur avenir dans la présente campagne électorale.