Denis Dufresne
Sept ans après le déraillement d’un convoi pétrolier à Lac-Mégantic, qui avait fait 47 morts, Transports Canada donne la plupart du temps l’impression de travailler d’abord pour les transporteurs de pétrole et de matières dangereuses plutôt que pour la sécurité des citoyens.
Sept ans après le déraillement d’un convoi pétrolier à Lac-Mégantic, qui avait fait 47 morts, Transports Canada donne la plupart du temps l’impression de travailler d’abord pour les transporteurs de pétrole et de matières dangereuses plutôt que pour la sécurité des citoyens.

De mal en pis

ÉDOITORIAL / Sept ans après le déraillement d’un convoi pétrolier à Lac-Mégantic, qui avait fait 47 morts, Transports Canada donne la plupart du temps l’impression de travailler d’abord pour les transporteurs de pétrole et de matières dangereuses plutôt que pour la sécurité des citoyens.

Car malgré l’immense traumatisme vécu par la communauté méganticoise, les multiples interventions et dénonciations de la Coalition des citoyens et organismes pour la sécurité ferroviaire au sujet du mauvais état des rails, à l’époque sous la responsabilité de la Montreal Maine & Atlantic (MMA), puis de la Central Maine & Quebec Railway (CMQR), avant de passer aux mains du Canadien Pacifique en novembre dernier, le réseau ferroviaire apparaît toujours boiteux.

En septembre dernier, la Coalition avait même adressé une mise en demeure à Transports Canada, à la suite du déraillement partiel d’un convoi à un passage à niveau de Nantes, pour faire cesser le transport de matières dangereuses sur le réseau tant que toutes les réparations ne seraient pas effectuées.

Malgré les propos rassurants du ministre des Transports, Marc Garneau, à l’effet que les rails avaient été remis en état par la CMQR et que tout était conforme aux exigences du gouvernement, un autre convoi déraillait deux mois plus tard à Bolton-Ouest.

Cela ne s’invente pas!

Et même si les propres rapports d’inspection de Transports Canada démontrent que le nombre de rails défectueux sur la voie ferrée entre Farnham et Lac-Mégantic a augmenté entre 2015 et 2018 (de 115 à 253) et que l’état de plusieurs traverses se dégrade, très peu de choses changent, selon la Coalition.

Tout cela alors que les convois ferroviaires au pays sont de plus en plus longs et lourds.

L’attitude du ministre Garneau lorsqu’il est question de sécurité ferroviaire apparaît largement en deçà des attentes que l’on peut avoir d’un gouvernement censé réglementer l’industrie du transport ferroviaire pour protéger la population.

Comment comprendre que malgré les très nombreuses lacunes observées par la Coalition, témoignages, photos et vidéos à l’appui, ce ministre n’ait jamais mis le poing sur la table et exigé des transporteurs ferroviaires qu’ils assument leurs responsabilités? 

Ottawa a certes resserré certaines règles de sécurité, ordonné le retrait des wagons-citernes DOT-111, en cause dans la tragédie de Lac-Mégantic, embauché davantage d’inspecteurs et réduit la vitesse des convois sur certains réseaux ferroviaires problématiques.

Mais pourquoi y a-t-il encore autant de convois qui déraillent et de trains qui partent à la dérive? Et pourquoi tant de manquements de la part de Transports Canada dans la surveillance des compagnies ferroviaires, une situation dénoncée par le Vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, dès 2014?

Dans un reportage percutant de Radio-Canada Estrie, diffusé il y a quelques jours, la journaliste Mélissa Fauteux a rencontré d’ex-employés de la MMA et de la CMQR qui affirment avoir avisé à deux reprises leur employeur d’anomalies à la traverse de Nantes, où a eu lieu le déraillement partiel d’août 2019.

À la même époque, Transports Canada avait aussi observé la dégradation de plusieurs passages à niveau et demandé à la CMQR de corriger la situation.

La journaliste Fauteux a tenté de poser des questions au nouveau propriétaire du réseau, le Canadien Pacifique, qui a décliné sa demande, se contentant de dire par courriel que la compagnie prévoit investir 90 millions $ d’ici trois ans sur les 870 kilomètres de ce tronçon au Canada et aux États-Unis.

Pour l’heure l’impression demeure que Transports Canada fait le strict minimum pour ne pas embêter les compagnies de chemin de fer au lieu de prendre réellement à cœur sa mission de protéger les citoyens.

Faut-il s’étonner, alors, que la Coalition puisse annoncer dès lundi son intention d’entamer de nouvelles procédures contre les autorités responsables en raison du laxisme persistant qu’elle dit observer depuis 2013?