Les médecins constituent 7 % des effectifs du réseau et accaparent 30 % du budget des salaires.

De la responsabilité sociale et morale des médecins

Le réseau de la santé et des services sociaux crie au secours et le Conseil du trésor continue de consentir des augmentations de rémunération aux médecins.

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) rendait publics en juin 2016 les résultats d’une analyse qui indiquait une augmentation de la rémunération globale des médecins de 78 % depuis 2007, et de la rémunération individuelle de 63 %, soit trois fois plus que l’augmentation du coût de la vie, alors que le nombre d’actes médicaux n’avait crû que de 16 %.

En septembre, le Conseil du trésor consentait aux omnipraticiens une hausse salariale additionnelle de 10 % sur trois ans, et deux chèques forfaitaires de 80 000 $ au total. Les spécialistes en demandent encore eux aussi.

À ce jour, nous en sommes à 900 millions $ de plus annuellement pour la rémunération des médecins. Ce dérapage a pris son origine en 2004 pour rejoindre la rémunération des médecins de l’Ontario où, on le sait, le niveau de vie (logement, études, etc.) est plus élevé qu’au Québec.

Qui, des autres travailleurs québécois, exige une rémunération à la mesure de celle de l’Ontario? Des médecins québécois quitteraient le Québec pour l’Ontario, dit-on? Et cet épouvantail coûte plusieurs centaines de millions $ par année aux contribuables québécois? Est-ce vraiment raisonnable? Et que penser du fait qu’un certain nombre de médecins se soient incorporés pour payer moins d’impôt?

L’enveloppe budgétaire consacrée au salaire des médecins entre 2016-2017 a été de 7,1 milliards $, et sera de 9 milliards en 2021. Les médecins constituent 7 % des effectifs du réseau et accaparent 30 % du budget des salaires.

Pendant ce temps, le personnel et les gestionnaires du réseau étirent jusqu’à plus faim les ressources insuffisantes dont ils disposent, et mettent ainsi, sans le vouloir, la vie de leurs patients en danger.

Quelques exemples qu’un commissaire à la santé pourrait documenter en nombre si ce poste n’avait pas été aboli par le ministre : ne disposer que de deux préposés la nuit pour 35 résidents dans un CHSLD, ce qui oblige à médicamenter les résidents agités; des  personnes âgées fragiles hospitalisées en attente d’une place en CHSLD, qu’on stationne dans des chambres surchargées, les mettant ainsi à risque de contamination; des intervenants aux soins à domicile transférés dans les Groupes de médecine familiale qu’on ne remplace pas dans les CLSC. Et plus encore...

On aurait sacrifié un demi-million d’heures en soins à domicile. Beaucoup de jeunes infirmières quittent la profession à cause des mauvaises conditions de travail car on limite le nombre de postes à temps plein. 

Au Québec, le réseau hospitalier dispose d’un peu moins que deux fois moins de chambres disponibles qu’en France et en Allemagne. Et encore?

Les gestionnaires sont victimes du sous-financement de l’ensemble du réseau autant que les patients et les usagers eux-mêmes. Les médecins ont une responsabilité sociale et morale à assumer à cet égard. 

Quand en prendront-ils conscience?

Michèle Salvail
Travailleuse sociale à la retraite, Magog