Le ministre de l' Éducation Sebastien Proulx

De la poudre aux yeux

ÉDITORIAL / Il y a sans doute de bonnes intentions derrière le projet « Lab-école », annoncé dans le budget de mardi dernier, mais est-ce vraiment une priorité lorsque l'on connaît l'état de l'école québécoise après des années de rigueur budgétaire et de coupes dans les services aux élèves?
Depuis sa nomination, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a un dada : il veut donner au Québec les « plus belles écoles du monde ». On s'en réjouit.
Pour ce faire, il a retenu une proposition de trois personnalités connues, l'architecte Pierre Thibault, l'athlète et promoteur de l'activité physique Pierre Lavoie et le célèbre cuisinier Ricardo Larrivée, qui disposeront d'une enveloppe de cinq millions $, rien de moins, pour mettre sur pied un bureau et couvrir leurs frais de déplacement en vue de « développer des concepts » pour l'école du futur dans le cadre de leur projet « Lab-école ».
Ils doivent remettre un rapport au ministre Proulx dans un an.
Ces trois vedettes, qui ne seront pas rémunérées pour leur travail, ont sûrement l'expérience et la vision requises pour formuler des propositions intéressantes pour le futur.
Malheureusement, les problèmes et les carences actuels de l'école sont tels qu'ils devraient avoir préséance sur ce genre de projet, surtout dans un contexte budgétaire où chaque dollar semble compté.
De plus, on ne voit pas pourquoi les enseignants et autres professionnels de l'éducation ne feraient pas de très bons consultants, eux qui vivent chaque jour avec les jeunes et ont sans doute de très bonnes idées pour « revamper » l'école et redonner le goût d'apprendre aux élèves.
On peut rappeler ici, par exemple, les mezzanines de lecture mises de l'avant par l'enseignant Yves Nadon dans huit écoles primaires de la Commisssion scolaire de la Région-de-Sherbrooke, un projet très apprécié des élèves et des enseignants. Les installations avaient toutefois dû être démantelées l'an dernier à la suite de l'intervention de la Régie du bâtiment du Québec.
Consacrer cinq millions $ pour élaborer des concepts, aussi intéressants soient-ils, apparaît comme de la poudre aux yeux et de l'argent mal dépensé alors que les coupes d'un milliard $ imposées par le gouvernement Couillard au cours des dernières en éducation ont affecté directement les services aux élèves et empêché le réseau de l'éducation de remplir pleinement sa mission.
Ces compressions ont obligé les commissions scolaires à supprimer l'aide aux devoirs et à réduire les services d'orthophonistes, de psychologues et de psychoéducateurs ce qui, évidemment, a eu un impact sur les élèves et particulièrement chez ceux en difficulté d'apprentissage.
Même l'aide alimentaire y est passée dans certaines commissions scolaires!
Le décrochage scolaire au secondaire, encore de 20 pour cent au Québec, les classes surpeuplées dans certaines régions, les écoles vétustes et le manque de ressources professionnelles nécessitent des actions concrètes et rapides.
Avant d'aller voir ce qui se fait dans les écoles scandinaves ou ailleurs, il faut d'abord réparer les dommages et les torts causés par des années de compressions budgétaires.
À 18 mois des élections, le gouvernement Couillard prévoit des investissements de 185 millions $ pour rénover et agrandir les écoles et de 20 millions $ pour préparer les enfants d'âge préscolaire à entrer à l'école, tandis que le ministre Proulx a annoncé l'embauche d'ici septembre de 1500 nouveaux enseignants, professionnels et employés de soutien.
Il faut se réjouir de l'enthousiasme et de la volonté du ministre Proulx de redonner priorité à l'éducation, mais le projet « Lab-école » apparaît comme une mesure fantaisiste et peu pertinente dans le contexte actuel.
Penser l'école du futur? Occupons-nous d'abord de l'école actuelle.
On y reviendra quand la maison sera en ordre.