Notre lecteur aimerait que les francophones soignent un peu mieux leur langue, par exemple en n’envoyant pas leurs enfants à l’école anglaise.

Dans ma belle province… française

La belle vallée du Saint-Laurent, l’écotone feuillus-conifères, les belles journées enso­leillées suivies des jours de tempête, les vallées verdoyantes, fleuries; les maisons enjolivées de toutes sortes de choses bien modernes : bâches, arbustes très décoratifs, très belles fleurs, balançoires; etc. De belles décorations au temps de l’Halloween, au temps des Fêtes, etc. Voilà ma Belle Province.

Dans ma Belle Province, les gens parlent en utilisant les mots anglais, sans les franciser; pas d’anglicismes, avec les accents anglais… du Canada ou autres. Parce qu’un angli­cisme est un mot anglais adapté à la langue française, adapté à l’accent et à l’accent to­nique de la langue du locuteur.

Dans ma Belle Province, nous faisons étudier nos enfants dans les universités anglaises (à Montréal) sous prétexte qu’elles sont meilleures… Nos étudiantes et étudiants les plus performants vont enrichir davantage ces universités. Et nos universités? Eh bien!

Dans ma Belle Province, nous nommons les personnes d’origine anglaise (et parfois d’autres origines) avec l’accent anglais. Et puis, lorsque nous nous présentons aux per­sonnes anglaises (et parfois autres), nous nous nommons avec l’accent anglais encore. Je me souviens, particulièrement, à Boston, des franco-québécois ayant des noms bien francophones, prononcer leur nom, au micro, avec un accent anglais.

Dans ma Belle Province, lorsque les deux parents forment un couple mixte (i.e. un pa­rent francophone et l’autre anglophone), les enfants iront à l’école anglaise; ils appren­dront comme langue maternelle la langue anglaise, et, comme culture, la culture des anglo-saxons. De plus, leur prénom aura autant que possible un accent anglais. Ils seront des purs anglais; seules l’expression linguistique et l’expression culturelle à la maison détermineront leur degré d’anglicisation.

Dans ma Belle Province, lorsque nous avons à prononcer un mot nouveau, que nous ne connaissons pas et dont on ne connaît l’origine, nous aurons tendance à le prononcer avec l’accent anglais.

Dans ma Belle Province, lorsqu’une personne passe par un milieu anglophone, comme dans les sports aux États-Unis par exemple, nous prononcerons leur nom à l’accent an­glais. Un bel exemple, au baseball : le nom des ibéro-américains, tels Hernandez et Fer­nandez, ne sera prononcé ni en espagnol, ni en français, mais avec un accent anglais. Et même si la personne est originaire d’un pays franco-européen…

À l’origine, un Canadien était un Français né en terre d’Amérique. Au début de la colonisation anglaise, les Anglais nous «traitaient» de Canadians. Puis, comme il fallait bien donner un nom au pays, ils l’ont appelé le Canada. Ils se sont approprié notre nom; et encore aujourd’hui. Et même P. E. Trudeau a vendu notre hymne national à nous, les vrais Canadiens, aux Anglais du Canada. Dans ma Belle Province, cela nous coule sur la peau comme de l’eau sur le dos d’un canard.

Partout dans le monde, lever le poing en l’air veut dire à l’autre qu’on se tient debout et qu’on est prêt à affronter l’adversité. Mais pas chez nous. Dans ma Belle Province, il est mal vu d’agir ainsi. Parlez-en à P.-K.P.

Dans ma Belle Province, nous honorons à la grandeur de cette Belle Province, l’illustrissime Général Moncton (que les Anglais écrivaient Monkton) qui, dans le monde civilisé, n’a pas la réputation d’être un humaniste, surtout par son action envers les Acadiens (une grande déportation qui fut certes une tentative génocidaire). Je ne sais dans combien de villes de chez nous, au Québec, il y a une rue nommée rue Moncton! Il en est ainsi de tous les gouverneurs généraux que la Couronne britannique a envoyés chez nous pour tenter de faire disparaître le fait français et catholique (à cette époque) dans notre Belle Province. Et que dire de l’autoroute Dufferin-Montmorency? Lord Dufferin qui est venu chez nous pour tenter de mâter le peuple francophone de l’Amérique du Nord. Et la Francophonie n’a-t-elle pas élu Michaëlle Jean présidente, elle qui a été la gouverneure générale du Canada, i. e. la représentante de la Couronne britannique qui a tout fait pour nous faire disparaître?

Et que dire du zou et du jardin zoulogique? Que dire de nos enfants qui portent des prénoms anglophones? Que dire de…?

Claude Doré, Québec