Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne

Dans la bonne direction

ÉDITORIAL / La décision de Récup Estrie d’investir 2,7 millions $ pour améliorer le tri du papier afin de répondre aux critères de qualité des papetières et de cesser d’acheminer cette matière à l’étranger est logique au plan environnemental et économique, tellement qu’on se demande pourquoi cela n’a pas été fait avant.

Son vice-président, Pierre Avard, explique que la mauvaise qualité du papier, en raison d’un problème de contamination par d’autres matières, fait en sorte que non seulement Récup Estrie n’arrive pas à vendre ce produit mais doit payer – jusqu’à 440 000 $ par année – pour s’en débarrasser!

Résultat : des milliers de tonnes de papier étaient acheminées à l’étranger, en Inde dans ce cas-ci.

De très nombreux centres de tri québécois et canadiens font de même faute de débouchés pour certaines matières en raison notamment de problèmes de contamination.

Cela est non seulement contraire au principe de l’économie circulaire, c’est-à-dire traiter et valoriser ici les matières secondaires, mais est un non-sens au plan environnemental, en plus de poser un sérieux problème éthique.

De quel droit peut-on se servir des pays d’Asie comme la poubelle de l’Occident en raison de la mauvaise qualité de matières issues des centres de tri et du manque de débouchés?

En outre, a-t-on idée du coût et de l’impact écologique du transport de nos déchets à l’étranger? 

Récup Estrie effectue le tri des matières recyclables provenant de la collecte sélective de la ville de Sherbrooke et des MRC de Memphrémagog, Haut Saint-François, Val-Saint-François, Coaticook et des Sources. On y traite plus de 30 000 tonnes de matières recyclables par année.

Or, la donne commence à changer puisque de plus en plus de pays asiatiques refusent de recevoir les matières dont on ne veut pas ici.

En 2018, la Chine avait fermé ses frontières aux matières secondaires provenant de l’étranger, dont des centaines de milliers de tonnes récupérées au Québec, tandis que l’Inde a restreint significativement ses importations de papier mixte depuis décembre.

L’an dernier, le Canada a dû dépenser plus d’un million $ pour rapatrier 69 conteneurs de déchets des Philippines.

En outre, la Malaisie vient d’annoncer qu’elle renvoie une dizaine de conteneurs de déchets de plastique au Canada.

On ne peut continuer ainsi.

Les recycleurs d’ici veulent des matières de qualité.

Il est donc impératif de revoir le système de collecte sélective, d’améliorer la qualité du tri et de développer un marché pour la transformation et la valorisation des matières recyclables. 

En ce sens, l’initiative de Récup Estrie est louable.

Un géant

Le décès de Roger Nicolet, à l’âge de 88 ans, constitue une perte énorme pour l’Estrie et le Québec.

Cet ingénieur civil de formation originaire de Belgique a marqué la scène politique régionale en plus de s’illustrer comme ingénieur non seulement au Québec mais aussi à l’étranger, notamment avec le projet de la tour du CN, à Toronto, et de La Pyramide du Louvre, à Paris.

Maire d’Austin de 1976 à 2009 et préfet de la MRC de Memphrémagog, de 1981 à 1994, M. Nicolet a apporté une contribution exceptionnelle au développement de la région tant par son expertise et sa rigueur que par sa vision progressiste et humaniste.  

Il a aussi été président de l’Ordre des ingénieurs du Québec et a présidé différentes commissions d’enquête, dont celle sur les inondations au Saguenay, en 1996, et sur la tempête de verglas de 1998.

Les gens de la région retiendront surtout l’affabilité, la générosité et l’intégrité de cet homme très attaché à sa communauté.

Aujourd’hui, nous devons lui dire un immense merci et offrir nos plus sincères sympathies à sa famille et à ses proches.