Crise de l’agriculture et crise environnementale : Réponse à Mme Mireille Fortin-Landry

POINT DE VUE / Madame, dans votre lettre (Crise dans l’agriculture) parue en page 15 de La Tribune du 20 décembre 2019, vous tentez d’établir un parallèle entre les changements climatiques et les problèmes agricoles mondiaux.

Vous n’avez pas tort, mais vous faites reposer les problèmes agricoles sur les seuls dos des fils et filles d’agriculteurs, à qui vous reprochez d’avoir voulu occuper des emplois nouveaux en dehors du domaine agricole. Or, tous les problèmes agricoles et environnementaux que nous connaissons actuellement proviennent non pas de certains des membres de la société, mais de l’évolution même de cette société suite à son industrialisation. 

Grâce, en effet, à toutes les nouvelles technologies que nous avons mises en œuvre au cours des deux ou trois derniers siècles, nous produisons davantage, nous consommons individuellement et collectivement davantage, nous vivons plus longtemps et la population mondiale s’accroit en conséquence. Notre planète est une île dans l’espace et plus la population s’accroit, plus l’île rapetisse et plus nous nous pilons sur les pieds les uns les autres. 

De plus, nous pillons sans vergogne les richesses de l’île et nous la recouvrons de détritus de plus en plus toxiques pour nous-mêmes et pour notre environnement, si bien que bientôt, ce ne sera plus l’agriculture qu’il s’agira de sauver, mais l’humanité toute entière. 

Je n’accuse personne de cette situation, car nous sommes tous, individuellement et collectivement, responsables de ce qui nous arrive. Par contre, je ne comprends absolument pas ceux qui nient le fait que tout ce que nous faisons contribue à modifier notre environnement en bien comme en mal. Il faut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte. Ce n’est certainement pas votre cas. 

Mais pour dépasser le stade de la simple prise de conscience, il faut plus que du positif dans les médias. Il convient aussi, je crois, de réfléchir individuellement et collectivement sur les gestes que nous posons, leur utilité réelle, leur impact sur notre environnement et notre société. Il convient aussi de faire des choix difficiles et conséquents. Sauver une île perdue dans l’espace n’est pas une mince tâche : peut-être n’y parviendrons-nous qu’après avoir reçu, individuellement et collectivement, une bonne claque sur la gueule. J’espère bien que ce ne sera pas le cas, mais je le crains. 

Merci de votre attention.

Claude Guay
Sherbrooke