Denis Dufresne
La Coopérative des Grandes Familles, un projet de 19 logements dans le secteur d’Ascot, craint que les unités ne puissent être livrées pour le 1er juillet et qu’une centaine de personnes se retrouvent sans toit, puisque les familles avaient annoncé à leur propriétaire actuel qu’elles déménageaient.
La Coopérative des Grandes Familles, un projet de 19 logements dans le secteur d’Ascot, craint que les unités ne puissent être livrées pour le 1er juillet et qu’une centaine de personnes se retrouvent sans toit, puisque les familles avaient annoncé à leur propriétaire actuel qu’elles déménageaient.

Crise appréhendée

ÉDITORIAL / La suspension des chantiers de construction jusqu’au 4 mai, en raison de la pandémie de la COVID-19, et l’échéance du 1er juillet représentent un véritable casse-tête non seulement pour les entrepreneurs en bâtiments mais aussi pour les locataires sherbrookois qui n’ont pas renouvelé leur bail et prévoyaient déménager.

C’est un euphémisme de dire qu’il y a beaucoup d’inquiétude chez les organismes de soutien aux locataires à faible revenu, qui s’attendaient déjà à une situation difficile en raison d’un taux d’inoccupation de seulement 2,3 % à Sherbrooke.

Sans compter qu’une quarantaine de logements sociaux ne seront pas prêts pour le 1er juillet. 

La pandémie actuelle risque d’exacerber les choses, au point où l’Association des locataires de Sherbrooke évoque une « catastrophe » et demande au gouvernement Legault de geler les baux actuels pour éviter que des gens se retrouvent dans la rue le 1er juillet, de même qu’une aide financière pour les locataires.

Selon son porte-parole, Normand Couture, la situation est sans issue pour nombre de ménages à faible revenu qui louent dans le privé, d’autant plus qu’en raison des règles de distanciation sociale, on ne peut visiter de logements, ce qui rend la recherche quasi impossible.

Bref, ce n’est rien de nouveau, mais les ménages à faible revenu risquent de faire les frais d’une crise, cette fois socio-sanitaire, plus que les autres.

Selon les chiffres de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), le nombre de logements locatifs en construction dans la région de Sherbrooke (incluant le coopératif) était de 1154 au 31 mars, auquel s’ajoutent 374 unités unifamiliales et copropriétés.

De l’ensemble de ces logements, 350 devaient être livrés en avril, mai et juin, indique le vice-président principal affaires-publiques de l’APCHQ, François Bernier, qui anticipe évidemment des retards.

À titre d’exemple, la Coopérative des Grandes Familles, un projet de 19 logements dans le secteur d’Ascot, craint que les unités ne puissent être livrées pour le 1er juillet et qu’une centaine de personnes se retrouvent sans toit, puisque les familles avaient annoncé à leur propriétaire actuel qu’elles déménageaient.

L’Office municipal d’habitation a pour sa part deux projets, un de 24 unités de logements abordables pour les grandes familles, les Habitations des Pins, rue de Lavigerie, et un autre de 26 unités pour les 50 ans et plus dans l’arrondissement de Lennoxville qui, tous deux, risquent fort de ne pas être complétés pour le 1er juillet.

Le vice-président de l’OMH, Pierre Avard, s’inquiète pour la reprise des travaux, mais se console en sachant que les unités n’avaient pas encore été allouées et que les futurs locataires n’avaient pas résilié leur bail actuel.

La solution passe évidemment par une reprise des travaux de construction, au moins dans le secteur résidentiel.

C’est ce que demande l’APCHQ qui n’attend qu’un signal du gouvernement Legault pour redémarrer, alors que 10 000 unités de logement doivent en principe être livrées en avril, mai et juin au Québec.

« Il faut trouver les moyens de les parachever, sinon des gens seront à la rue; mais on veut le faire dans le respect des règles sanitaires », explique François Bernier.

Pour ce faire, l’APCHQ a élaboré un guide des bonnes pratiques sanitaires. 

La députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, presse elle aussi le gouvernement de permettre la réouverture des chantiers de construction dans le secteur résidentiel.

Elle dit recevoir de plus en plus d’appels de personnes désemparées qui n’ont pas renouvelé leur bail actuel et craignent de se retrouver dans la rue.

À moins de trois mois de l’échéance du 1er juillet, Québec doit entendre le message et permettre la reprise des chantiers résidentiels pour éviter une autre crise : celle du logement.