Crier famine

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard nage dans les surplus budgétaires et a annoncé le mois dernier des baisses d’impôts pour les contribuables, de même qu’un réinvestissement sur plusieurs années en santé et en éducation, mais il n’a rien dit au sujet des organismes communautaires autonomes qui crient famine.

Après des années de gel de leurs budgets de fonctionnement ou, au mieux, de faibles indexations, les quelque 4000 organistes de la province réclament un réinvestissement global de 475 millions $ par année afin d’assurer leur survie et d’être fonctionnels.

Selon le Réseau québécois de l’action communautaire autonome, le financement actuel de ces organismes serait de 500  millions $.

Le rehaussement demandé est important, mais si le gouvernement Couillard est sérieux lorsqu’il parle de justice sociale, il devrait au moins considérer cette demande dans la préparation du budget 2018-2019, d’autant plus qu’il dit lui-même avoir recouvré une marge de manoeuvre!

Hier, dans le cadre de la campagne «Engagez-vous pour le communautaire», de nombreux groupes sont allés porter leur message auprès de plusieurs députés de la province, dont Luc Fortin, Guy Hardy, Pierre Reid et Pierre Paradis, en Estrie.  

Porte-parole du Réseau québécois de l’action communautaire autonome, Claudelle Cyr indique que les besoins des organismes de la région de l’Estrie s’élèvent à 60 millions $.

« (...) On réclame un financement de notre mission. Même s’il y a eu des indexations, on est encore de nombreux groupes avec un budget de fonctionnement de 30 000 $ par année, on est donc encore loin du compte quand il faut payer le loyer, le téléphone, Internet, etc. » explique-t-elle.

Le gouvernement québécois a pourtant adopté en 2001 une Politique de reconnaissance de l’action communautaire, qui visait notamment le respect de l’autonomie des organismes, le maintien de leur financement et reconnaissait leur apport à la société québécoise.

Cette volonté s’est visiblement étiolée avec le temps, même si ces organismes jouent un rôle essentiel en santé et services sociaux, en éducation, en aide à la famille et en environnement, notamment.

En Estrie, par exemple, on retrouve plus de 200 organismes, dont la Chaudronnée, des maisons de jeunes, le centre d’action bénévole de Sherbrooke, des centres d’aide pour les femmes, des organismes de soutien aux immigrants et des groupes d’entraide en santé mentale qui, bien souvent, suppléent aux services gouvernementaux.

Les compressions budgétaires de plusieurs milliards $ imposées ces dernières années par le gouvernement Couillard au nom de l’atteinte de l’équilibre budgétaire ont eu un impact majeur sur les services à la population, particulièrement chez les personnes plus vulnérables, ce qui a accentué dans bien des cas une augmentation des demandes d’aides auprès d’un réseau communautaire lui-même fragilisé.

Si les organismes en santé et services sociaux ont pu bénéficier de légères indexations (par exemple de 0,7 pour cent en 2017-2018), ceux en éducation et en aide aux familles ont vu leurs budgets stagner.

La situation est pire pour les organismes de défense des droits, comme Illusion-Emploi, à Sherbrooke, qui vient en aide aux travailleurs non syndiqués, dont le budget n’a pas bougé depuis 2001!

Pourquoi un tel désengagement de l’État envers des organismes qui offrent une s’aide directe aux citoyens à une fraction du coût des services publics?

Le gouvernement Couillard ne peut nier que la baisse d’impôt annoncée lors de sa mise à jour économique de novembre résulte au moins en partie des compressions qui ont affecté les services publics, notamment en santé et services sociaux, éducation et développement régional.

Si la maison est maintenant en ordre, comme se plaisent à le dire le premier ministre Philippe Couillard  et ses ministres, il est plus que temps de redonner un peu d’oxygène aux organismes qui viennent directement en aide aux plus démunis.