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«Un service de garde, c’est un peu l’équivalent d’une grosse maison: sept locaux pour les différents groupes avec installations sanitaires, une salle de jeu, une cuisine, un local administratif, une cour avec modules de jeux. Un coût de réalisation total d’environ 1,5 million $. En somme rien de compliqué techniquement. Un projet réalisable en 18 mois», écrit Guy Gagné.
«Un service de garde, c’est un peu l’équivalent d’une grosse maison: sept locaux pour les différents groupes avec installations sanitaires, une salle de jeu, une cuisine, un local administratif, une cour avec modules de jeux. Un coût de réalisation total d’environ 1,5 million $. En somme rien de compliqué techniquement. Un projet réalisable en 18 mois», écrit Guy Gagné.

CPE: la bureaucratie tue les projets

Guy Gagné
Guy Gagné
Ex-chargé de projet, Mont-St-Hilaire
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POINT DE VUE / Cinquante mille parents recherchent actuellement une place en garderie. Dans un reportage à la télévision d’État, on apprenait que des responsables de services de garde ont «retourné» 2127 places au Ministère, soit des places autorisées, mais que ceux-ci se voient incapables de mener à terme parce que la route bureaucratique est impraticable. Dans ce contexte, le ministre Mathieu Lacombe, un brin désespéré, reconnaît que «la façon dont on développe le réseau ne fonctionne pas».

Un conseil au ministre Lacombe: avec sa garde rapprochée, faire un Zoom avec leurs vis-à-vis en éducation. Ces derniers allouent chaque année des centaines de millions pour la construction et la rénovation de bâtiments. Et jamais les instances locales n’ont renoncé à la construction d’une école après en avoir reçu l’autorisation.

Au cours des années, à titre de responsable notamment des ressources matérielles dans une institution, j’ai eu à coordonner une dizaine de projets relativement majeurs de construction ou de rénovation. Une fois à la retraite, j’ai été invité en 2013 à déposer une soumission pour le rôle de chargé de projet pour la construction d’une installation de 60 places.

Les documents indiquaient que le projet s’étalerait sur trois ans. Compte tenu de mon expérience antérieure, j’étais surpris du temps projeté pour la réalisation, mais…

En fait, un service de garde, c’est un peu l’équivalent d’une grosse maison: sept locaux pour les différents groupes avec installations sanitaires, une salle de jeu, une cuisine, un local administratif, une cour avec modules de jeux. Un coût de réalisation total d’environ 1,5 million $. En somme rien de compliqué techniquement. Un projet réalisable en 18 mois. D’où mon idée qu’un délai de trois ans était surestimé. Mais c’était avant de connaître les procédures du ministère de la Famille… En fait, le projet s’est échelonné sur quatre ans!

En éducation, on dépose un projet incluant son évaluation. Si le besoin est reconnu, le Ministère alloue un budget en principe final. Toute la réalisation est complètement laissée aux instances locales. Aucune intervention des fonctionnaires.

Au ministère de la Famille, on se comporte comme si les intervenants sur le terrain étaient incompétents et irresponsables. L’équipe locale est composée de la directrice du centre de la petite enfance (CPE) et du conseil d’administration qui veulent le meilleur projet pour leurs protégés, du chargé de projet, expérimenté en construction, d’un architecte, d’un ingénieur en mécanique, d’un ingénieur en structure, professionnels régis par leur ordre professionnel et d’un entrepreneur, à l’étape de la construction. Cette équipe n’a pas besoin d’être tenue par la main. C’est ce que les instances ministérielles en éducation ont compris depuis longtemps.

Dédoublements

Dans l’échéancier type étalé sur trois ans, le Ministère se réserve sept mois pour des approbations diverses. À chaque étape, il faut obtenir l’autorisation des fonctionnaires avec les délais inhérents. Ces derniers dédoublent en partie le travail déjà exécuté et créent des goulots d’étranglement.

Par exemple, une fois les plans complétés, l’on se réserve deux mois pour l’approbation de ceux-ci, et ce, avant les demandes de modifications et les nouveaux délais afférents. Pourtant, notre architecte s’était spécialisée dans la préparation de plans de CPE. Elle en avait fait au moins 30…

Pendant la construction, la règle veut qu’advenant un changement pouvant entraîner des coûts, l’on ne peut procéder, mais plutôt soumettre le changement et son prix au fonctionnaire concerné et attendre le retour… Ça trahit une méconnaissance complète du fonctionnement d’un chantier.

Exemple d’acharnement bureaucratique: au-dessus de trois portes, il y avait un vasistas, c’est-à-dire un espace vitré. Notre architecte avait oublié de lister ces vasistas dans un bordereau sur lequel les prix soumis sont basés. Ça devenait un extra de 1200 $. On prévoit toujours un budget de contingences pour de tels ajouts. Lorsque nous avons soumis le «dossier», le fonctionnaire nous a répondu que le coût d’installation ne pouvait être supporté par le budget du projet, ni le coût de main-d’œuvre de la fabrication du vasistas. Seul le coût du verre était admissible. Que d’énergie gaspillée!

J’ai déjà préconisé en boutade la création d’un ministère des Affaires inutiles. Son titulaire pourrait faire une bonne provision de matériel au ministère de la Famille.

M. Lacombe doit réaliser que son pire ennemi dans l’atteinte de ses objectifs est son propre ministère!