Observatoire du Mont-Mégantic.

Courir après l'argent

ÉDITORIAL / L'octroi récent d'une somme d'un million $ à l'Observatoire du Mont-Mégantic (OMM) pour un projet de développement scientifique en optique-photonique et l'entretien des installations pour les deux prochaines années est une excellente nouvelle pour ce centre de recherche de pointe, souvent confronté à un manque de financement dans le passé.
Mais cela ne constitue pas la solution à long terme pourtant promise durant la dernière campagne électorale fédérale.
L'aide financière de Développement économique Canada (DEC), annoncée à la mi-mars par la députée de Compton-Stanstead et ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a évidemment été accueillie avec joie par l'équipe de l'observatoire qui voit ainsi son avenir assuré pour les deux prochaines années.
Mais qu'en sera-t-il des années subséquentes? Le milieu et la communauté scientifique devront-ils repartir à la chasse aux subventions?
En octobre 2015, alors qu'elle était en campagne électorale, Mme Bibeau avait fait part de sa volonté d'assurer la pérennité de l'OMM en soulignant l'importance «d'un financement à long terme qui permette aux scientifiques de se consacrer à leur domaine d'expertise plutôt qu'à la recherche de financement».
Or, un financement sur une période de deux ans, aussi important soit-il, ne constitue pas un financement à long terme.
Depuis 2009, l'Observatoire du Mont-Mégantic a été confronté à trois reprises à des coupes budgétaires et à l'incertitude, alors que les conservateurs de Stephen Harper étaient au pouvoir. Et, chaque fois, le milieu et la communauté scientifique ont dû se mobiliser pour éviter des mises à pied ou même la fermeture.
En avril 2009, alors que les scientifiques canadiens dénonçaient les compressions tous azimuts de l'ancien gouvernement conservateur dans la recherche, Ottawa avait retiré le financement annuel de 325 000 $ versé à l'OMM par le Conseil de recherche en sciences naturelles et génie (CRSNG), le tiers de son budget.
À la suite d'une levée de boucliers dans la région, Développement économique Canada prenait la relève un mois plus tard et annonçait une enveloppe de 325 000 $ jusqu'en mai 2011. L'Université de Montréal et l'université Laval, propriétaires des installations, avaient également apporté leur contribution.
Même scénario en 2011, alors que le milieu et nombre de scientifiques avaient dû à nouveau livrer bataille pour obtenir du financement.
Puis, au début de 2015, l'OMM était à nouveau confronté à la panne sèche et avait carrément évité la fermeture à la suite d'une nouvelle mobilisation et de l'intervention in extremis du ministre conservateur et député de Mégantic-l'Érable d'alors, Christian Paradis.
Ottawa avait alors versé une allocation temporaire de 500 000 $ pour deux ans.
L'OMM, quatrième observatoire en importance au Canada, est un centre de recherche en astronomie et astrophysique et un lieu de formation pour les futurs astronomes.
C'est aussi un centre de vulgarisation scientifique pour le public, notamment avec le Festival d'astronomie populaire présenté au mois de juillet de chaque année et reconnu comme le plus grand rassemblement d'astronomes amateurs et professionnels au Québec.
L'aide d'un million $ annoncée par Développement économique Canada représente une somme appréciable compte tenu de l'incertitude qui a caractérisé le financement de l'OMM ces dernières années et il faut savoir gré à la députée Bibeau.
Mais il faut faire davantage, car il est inconcevable qu'un centre de recherche de cette importance ne puisse bénéficier d'un financement régulier et qu'il ait à courir après les subventions tous les deux ans et à dépendre du bon vouloir des politiciens.