Contradictions climatiques

ÉDITORIAL / L'élection des libéraux de Justin Trudeau, en octobre 2015, avait  soulevé beaucoup d'attente en matière de lutte aux changements climatiques après 10 années d'inaction des conservateurs de Stephen Harper.
Malheureusement, les actes ne suivent pas toujours les paroles.
C'était pourtant bien parti : lors de la Conférence de Paris sur le climat, en décembre 2015, la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, avait marqué un changement de ton radical de la part du Canada, qui voulait désormais participer activement aux efforts de la communauté internationale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) .
Mais depuis, plusieurs décisions de M. Trudeau ont été nette contradiction avec cette orientation annoncée dans l'euphorie de la conférence de la « dernière chance » pour le climat mondial.
Ottawa a certes imposé en octobre 2016 un tarif sur le carbone, à compter de 2018, pour montrer que le Canada était sérieux dans ses intentions face aux changements climatiques.
Mais le Plan national de lutte aux changements climatiques qui a suivi manquait d'audace et son succès apparaît maintenant incertain.
D'une part, le Canada conserve les cibles de réductions des émissions de gaz à effet de serre (GES) de Stephen Harper, que M. Trudeau avait pourtant jugées insuffisantes lorsqu'il était dans l'opposition, soit une diminution de 30 pour cent d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 2005.
D'autre part, le premier ministre a approuvé à la fin de 2016 le projet d'expansion de l'oléoduc Trans Mountain pour le transport de pétrole des sables bitumineux entre l'Alberta et les ports de la Colombie-Britannique, de même que le remplacement de la Ligne 3 de la compagnie Enbridge reliant l'Alberta à l'État du Wisconsin, pour doubler sa capacité.
Puis en janvier dernier, le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, se félicitait de la décision du président Donald Trump de relancer le projet d'oléoduc Keystone XL.
Celui-ci doit acheminer le pétrole albertain jusque dans l'État du Nebraska et est vivement contesté par les autochtones et les écologistes en raison des risques pour les réserves d'eau souterraine.
Les justifications fumeuses de Justin Trudeau, selon lesquelles le Canada peut à la fois réduire ses émissions de GES, faire la transition vers des technologies à faibles émissions de carbone et développer l'industrie pétrolière pour les exportations, ne tiennent pas la route.
La réalité est qu'en favorisant la croissance de l'industrie des sables bitumineux, le Canada place hors d'atteinte ses objectifs de réduction des émissions de GES et demeurera un cancre du climat.
Les sables bitumineux sont bons pour le PIB et les emplois, mais la lutte aux changements climatiques et la transition énergétique doivent être une priorité pour le Canada.
Dans un article incendiaire paru dans le quotidien britannique The Guardian, l'auteur et militant écologiste américain Bill McKibben accuse pratiquement Justin Trudeau d'être un faussaire puisque tout en disant défendre l'environnement, il appuie l'industrie des sables bitumineux, « un des plus grands désastres climatiques sur la planète ».
Et selon lui, le premier ministre canadien est l'égal de Donald Trump en matière de changements climatiques, à la différence que le président américain, lui, ne fait pas semblant d'être un défenseur de l'environnement.
M. McKibben exagère un peu, bien sûr.
Justin Trudeau, après tout, a un plan de lutte contre les changements climatiques et n'est pas un climato-sceptique comme son vis-à-vis américain.
Mais son appui aux oléoducs et à l'expansion de la production pétrolière à partir des sables bitumineux ne le distingue guère de Stephen Harper ou de Donald Trump.
Il y a pourtant urgence d'agir : de 2005 à 2015, le Canada a réduit ses émissions de GES de seulement 2,2 pour cent, selon Environnement Canada, un résultat qui nous place bien loin des objectifs de 2030.