La Société québécoise du cannabis offre 14 $ l’heure à ses futurs conseillers en succursale.

Conseiller en pot à 14$ l’heure

ÉDITORIAL / En offrant 14 $ l’heure à ses futurs conseillers en succursale, la Société québécoise du cannabis (SQDC) ne sera pas accusée de concurrence déloyale par les entreprises qui peinent à attirer de la main-d’œuvre. Pourra-t-elle par contre à ce salaire dénicher des employés à la hauteur de sa mission qui est d’assurer la vente au détail du cannabis dans une perspective de protection de la santé?

Un porte-parole de la SAQ ne pouvait nous préciser mardi combien de personnes avaient jusqu’à maintenant posé leur candidature pour devenir conseiller dans les succursales qui ouvriront cet automne. Il indique toutefois que la réponse du public est «bonne» depuis que la société d’État a lancé son processus d’embauche jeudi dernier. 

Qu’offre la SQDC? Un salaire de 14 $ l’heure avec progression salariale, une gamme complète d’avantages sociaux, dont un régime de retraite, une progression de carrière, un programme d’aide aux employés et à la famille, et un environnement de travail au «design actuel».

Pour une personne de 18 ans qui possède uniquement un diplôme d’études secondaires (DES ou DEP) ou une équivalence reconnue, une année d’expérience dans le commerce au détail et qui est prête à travailler de jour, de soir et de fin de semaine, l’offre peut en effet être plus alléchante que celle du dépanneur ou de l’épicerie du coin. 

Mais vendre du cannabis n’exige-t-il pas un peu plus que de vendre de la gomme, du lait, de la bière ou des casquettes? Si Québec a choisi qu’une société d’État commercialise le cannabis légalisé, c’est bien sûr pour toucher des revenus, mais aussi pour s’assurer que ce commerce sera compatible avec des objectifs de santé publique. La formation du personnel est donc importante. Elle rassure le public que la légalisation du produit inquiète. Québec lui a vendu l’idée de personnel qualifié, d’experts et non de simples revendeurs de pot.

D’ailleurs, pour obtenir un emploi de conseiller à la SQDC, un candidat devra se soumettre à la procédure d’habilitation de sécurité, mais aussi réussir la formation conçue pour la SQDC. Le candidat doit aussi démontrer un intérêt professionnel et une compréhension des enjeux liés à la commercialisation du cannabis. Il doit également faire preuve d’aisance avec les outils technologiques et informatiques.

Avec le très faible taux de chômage enregistré au Québec, qui remplira ces conditions ou qui voudra changer d’emploi pour aller gagner 14 $ l’heure? 

Le porte-parole de la société d’État dit avoir «bon espoir de compter sur un grand nombre de candidatures de qualité».

Le défi sera aussi de les conserver et de ne pas avoir à recruter et à former constamment du nouveau personnel avec les coûts et la variation de qualité de service que cela entraîne. Pour 19,58 $ de l’heure, certains seront tentés de devenir conseillers en vins à la Société des alcools du Québec (SAQ) plutôt que conseillers en cannabis à 14 $ l’heure à la SQDC. 

La SQDC se positionne en vue de la négociation d’une première convention collective, ont avancé certains. Peut-être, mais du coup, elle envoie le message que le travail de ses conseillers à une valeur moindre que celui de suggérer un sauvignon plutôt qu’un chablis. 

La SQDC doit aussi faire face aux forces du marché. Statistique Canada rapportait jeudi que d’avril 2017 à avril 2018, la rémunération hebdomadaire moyenne a augmenté de 8,1 % dans le commerce de détail au Canada pour se chiffrer à 604 $. 

Selon un des analystes de l’organisme, la rémunération horaire moyenne des employés de ce secteur payés à l’heure est de 18,07 $ (incluant le temps supplémentaire) et ils ont travaillé 26,5 heures par semaine en moyenne.

Il n’y a pas que pour le prix du cannabis que la SQDC devra faire mieux que la concurrence.