Confinement et bien-être des aînés

Point de vue
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La Tribune
Dans le but d’éviter la propagation de la COVID-19, presque partout dans le monde les autorités ont décidé d’instaurer et de sensibiliser la population aux pratiques de distanciation en réduisant les contacts sociaux. On a tous été obligés de s’isoler socialement, ayant pour conséquence de limiter nos interactions en nombre, en fréquence et en qualité.

Dans le contexte je souhaite partager et sensibiliser les gens sur la façon que nos aînés ont été et continuent à être affectés par cette situation. La livraison de ce témoignage a été par mon engagement en tant que préposée aux bénéficiaires auprès des aînés résidant dans un centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD).

Les organismes comme les Petits Frères ont toujours sensibilisé la population sur le problème d’isolement des aînés. Ce n’est donc pas un phénomène nouveau. Cependant, avec la situation du confinement dû à la COVID-19, leur isolement s’est intensifié, considérant les restrictions imposées sur les visites. Je vous invite à prendre quelques instants et à repenser à ce que vous avez ressenti quand vous avez constaté que vous ne pouvez plus aller rendre visite à vos parents, vos enfants, vos amis etc.

Imaginez ce que ressentent les personnes qui sont dans un centre où elles ne peuvent plus sortir, ne serait-ce que pour respirer de l’air frais ni même aller dire bonjour à son voisin de la chambre d’à côté, etc. 

Comment arriverez-vous à supporter cela une semaine, un mois et plus longtemps encore? Certains avaient l’habitude de sortir la fin de semaine (du vendredi à dimanche soir) pour aller passer du temps en famille, une de leur principale source de bonheur. Tout d’un coup, on leur annonce que ça ne sera plus possible pour un temps indéterminé et que la famille ne pourra plus non plus venir les voir…

Qu’est-ce qui s’est passé d’après vous?

Le bien-être des aînés a été affecté (abandon d’activités significatives, humeur maussade, tristesse, chutes, etc.). Dans ces moments d’incompréhension et d’impuissance, il fut permis à un nombre restreint de patients de sortir sur le balcon en respectant les consignes sanitaires, bien que le port du masque était inhabituel et inconfortable pour certains, surtout ceux avec des problèmes pulmonaires.

Parfois les familles pouvaient venir et rester en bas et les deux pouvaient s’envoyer des bisous et des câlins. Certains patients acceptaient d’utiliser la technologie (Skip, Zoom, Facebook, etc.) pour entrer en contact avec leurs familles. Or, pour d’autres, ce n’était pas facile, comme en témoigne une des bénéficiaires : « Si je ne peux pas les tenir dans mes bras, je préfère ne pas les voir, car cela va me faire encore plus mal. »

Une autre bénéficiaire pleurait souvent et quand on lui demandait pourquoi, elle disait qu’elle s’ennuie beaucoup de son mari. Son état de santé ne lui permettait pas de profiter de la sortie sur le balcon.

Nous, nous bénéficions d’une certaine liberté, même si on ne pouvait pas rentrer en contact direct avec les autres. On pouvait échanger de loin avec nos voisins, circuler librement. Nos aînés, ce sont nos parents, nos amis, nos voisins et aujourd’hui, ils ont encore plus besoin de notre présence, de notre amour pour les rassurer et leur permettre de traverser ses conditions inhabituelles. Il importe donc de trouver des solutions pour réduire l’isolement des aînés, tout en minimisant les risques sanitaires. 

L’atteinte de cet équilibre est toutefois un défi. Comment favoriser la poursuite d’activités sociales essentielles à leur bien-être, sans atteinte à la sécurité de soi et d’autrui? Comment concilier les droits inhérents au respect de l’intégrité physique vis-à-vis l’intégrité morale? Par exemple, comme le port du masque gêne la reconnaissance des visages pour les personnes présentant des atteintes cognitives importantes, quelles sont les solutions? Ça implique une réflexion! Est-ce qu’une protection transparente, à l’instar de celles utilisées pour les malentendants (masque transparent), pourrait s’avérer une option intéressante?

En cas de deuxième vague, nous devons apprendre de notre expérience et nous assurer que les restrictions sanitaires n’ont pas d’effets délétères sur la qualité de vie de nos usagers. 

Solange Nkulikiyinka
Préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD
Étudiante à la maîtrise en gérontologie
Université de Sherbrooke