Le chef conservateur Andrew Scheer est ouvert à entamer des discussions avec l’Assemblée nationale en vue de la mise en place d’une déclaration de revenus unique.

Compliqué de faire simple...

ÉDITORIAL / Il y a longtemps que Québec et Ottawa s’entêtent à maintenir deux structures de perception des impôts sur le revenu. Longtemps qu’ils brûlent de l’argent public à se dédoubler. Trop longtemps. C’est pourquoi il faut saluer l’ouverture qu’a montrée le chef conservateur Andrew Scheer à l’idée que le fédéral cède cette tâche à Revenu Québec. Et déplorer que le premier ministre Justin Trudeau n’y ait rien vu d’autre qu’une occasion de dépoussiérer les vieux réflexes centralisateurs des libéraux fédéraux.

Le mois dernier, l’Assemblée nationale a adopté une motion unanime réclamant que le Québec perçoive lui-même les impôts fédéraux et envoie à Ottawa les sommes qui lui sont dues. À l’heure actuelle, les deux paliers de gouvernement collectent chacun dans son coin, ce qui implique que les Québécois sont les seuls au Canada à devoir remplir deux déclarations d’impôts. Ailleurs au pays, c’est le fédéral qui perçoit et qui fait ensuite un chèque aux provinces mais, contrairement au Québec, celles-ci ne se voient pas comme des nations et s’en accommodent bien. Lundi, M. Scheer a formellement promis qu’un éventuel gouvernement conservateur entamerait des négociations à ce sujet afin, dit-il, de «réduire la paperasserie» et de «[simplifier] la vie des citoyens».

Et il est vrai que la déclaration unique serait plus avantageuse pour tout le monde. Dans un rapport récent, la Commission de révision permanente des programmes concluait que le dédoublement coûtait environ 400 millions $ par année. Soulignons en outre que ces économies ne comptent même pas les gains de temps et d’efficacité pour les citoyens et les entreprises d’ici.

Cela se fait d’ailleurs déjà depuis longtemps pour la TPS. La taxe fédérale est perçue par le provincial au Québec, et on ne peut pas dire que cela a causé de crise politique aigüe, si l’on nous permet l’euphémisme.

Dans ce contexte, il est bien difficile d’expliquer l’attitude butée de Justin Trudeau autrement que par la vieille culture centralisatrice du Parti libéral du Canada — d’autant plus que le premier ministre y a ajouté une tournure inutilement arrogante. «Il y a eu unanimité à l’Assemblée nationale? Mon Dieu, ça n’arrive jamais ça!» a-t-il ironisé, en mai, à l’annonce de la motion unanime adoptée à Québec. Il avait alors ajouté que la déclaration d’impôt unique n’était «pas nécessaire» parce que «le Québec a déjà beaucoup de contrôle sur l’immigration, sur la langue, sur la culture».

Or ce sont là des évidences sur lesquelles M. Trudeau ne peut rien de toute manière : la constitution stipule que l’immigration est une compétence partagée, et il n’est rien d’autre que normal qu’une province aussi manifestement distincte que le Québec exerce des pouvoirs sur sa culture et sur sa langue. Justifier son refus par de tels truismes est l’équivalent logique de dire qu’il faut continuer de dédoubler la collecte des impôts parce que le ciel est bleu.

Compte tenu de l’histoire politique du Québec, on peut comprendre que le fédéral ait voulu éviter le sujet dans le passé, afin de ne pas jeter de l’huile sur le feu souverainiste. En ce sens, d’ailleurs, la sortie du chef péquiste Jean-François Lisée, où il comparait la déclaration d’impôts unique à une «bande-annonce» pour la souveraineté, n’a rien fait pour aider.

Mais ces calculs politiques ne tiennent plus : le PQ ne recueille que de 14 % des intentions de vote d’après le dernier sondage CROP, lui et l’option souverainiste sont chroniquement faibles et le désintérêt des jeunes électeurs à leur égard n’annonce pas des jours meilleurs.

Si on ne peut pas profiter d’une si longue accalmie référendaire pour régler des dossiers comme celui-là, il y a vraiment de quoi désespérer du fédéralisme.