Commissions scolaires : ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain

Monsieur le premier ministre,

Je n’apprendrai rien au dirigeant d’entreprise que vous avez été que des incompétents réussissent parfois à se glisser dans la hiérarchie jusqu’à des postes en autorité où ils ont peu de savoir-faire. 

Enseignant, maintenant à la retraite, j’ai vécu au cours de ma carrière au moins deux épisodes navrants où mon directeur d’école était qualifié par certains de « simple d’esprit », de « parfaite poire » ou de « pire tarte » que le système d’éducation ait jamais connu. Je ne peux pas croire que votre ministre de l’Éducation, également un ancien enseignant, n’a jamais connu cette situation lamentable et veuille en multiplier les exemples.

Les deux directeurs d’école dont je parle n’avaient reçu aucune formation psychopédagogique, ou si peu, au profit d’une bonne formation administrative. Résultat, seuls les budgets comptaient pour eux, les amenant à gérer leurs écoles comme des « McDo ». Les enseignants n’avaient pas trop de problèmes à obtenir les sommes nécessaires pour, par exemple, du nouveau matériel, académique ou de bureau, des activités académiques et para-académiques, etc. 

Par contre, leurs subalternes du corps professoral ne pouvaient absolument pas compter sur le support de leur directeur dans des dossiers autres qu’administratifs. Même chose pour les élèves et leurs parents. Ces deux directeurs d’école affichaient, au chapitre des relations professionnelles autres qu’administratives, une incapacité crasse. Problème avec un enseignant, problème avec un élève, problème avec un parent? Aucun secours, aucune réaction de la part du directeur si ça ne touchait pas le budget.

Heureusement, nous pouvions compter sur le support et les services de la commission scolaire avec laquelle nous devions alors communiquer, passant par-dessus la tête de celui qui aurait dû nous épauler en première ligne. De plus, j’enseignais alors en milieu défavorisé avec les problèmes exacerbés que l’on connaît, là où toutes les ressources doivent travailler de concert pour assurer un meilleur avenir à cette clientèle.

En remplaçant les commissions scolaires par des centres de services sans pouvoir, votre ministre de l’Éducation dit vouloir donner plus de responsabilités aux directions d’école, même celles occupées par de tels incompétents. Vous et votre gouvernement vous rendez ainsi, Monsieur le premier ministre, coupables de vouloir niveler par le bas des services essentiels offerts à la clientèle scolaire la plus vulnérable. 

C’est un non-sens plus qu’inquiétant pour l’avenir de nos jeunes!

Il y a certes un ménage à faire dans l’organisation et la démocratie scolaire, mais, de grâce, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain.

Claude-Gilles Gagné
Weedon