Bitfarms semble être à l’écoute des citoyens : elle a réalisé jusqu’ici deux études acoustiques et érigé un mur antibruit temporaire composé des conteneurs, en plus d’avoir installé des panneaux acoustiques à l’intérieur de son usine.

Comment en sommes-nous arrivés-là?

ÉDITORIAL / L’exaspération des citoyens du secteur de la rue Raimbault, en raison du bruit provenant de l’entreprise de cryptomonnaie Bitfarms, est tout à fait légitime et soulève une question fort simple : pourquoi la Ville de Sherbrooke a-t-elle autorisé cette entreprise à s’installer à proximité d’un quartier résidentiel? Comment en sommes-nous arrivés là?

Depuis un peu plus de deux mois, les résidents de ce quartier situé sur la rive nord de la rivière Magog disent être incommodés par le bruit provenant des puissants ordinateurs et des ventilateurs de Bitfarms, dont les installations sont situées de l’autre côté de la rivière, rue de la Pointe, près du boisé Lucien-Blanchard. 

La compagnie semble être à l’écoute des citoyens : elle a réalisé jusqu’ici deux études acoustiques et érigé un mur antibruit temporaire composé des conteneurs, en plus d’avoir installé des panneaux acoustiques à l’intérieur de son usine.

Elle s’est aussi engagée à effectuer une nouvelle étude acoustique, cette fois sur une durée de 24 heures, et à remettre un rapport à la Ville de Sherbrooke.

L’entreprise n’a pas dit si elle entend rendre ce rapport public. De plus, elle devra donner son accord à la Ville si des citoyens tentent de l’obtenir par le biais de la Loi d’accès à l’information.

Bitfarms, géant québécois de la monnaie virtuelle, prévoit également la construction, au printemps, d’un mur antibruit permanent de 6 mètres de hauteur par 23 mètres de long.

Mais, pour l’heure, les citoyens disent continuer à entendre du bruit au point d’avoir de la difficulté à dormir. Ils remettent également en cause les résultats des tests de la compagnie qui dit pourtant être parvenue à diminuer le niveau sonore de ses activités.

Lors d’une assemblée d’information organisée par Bitfarms, mardi dernier, plusieurs citoyens ont demandé que l’entreprise cesse ses opérations le temps de trouver une solution ou même qu’elle déménage.

L’un d’eux, René Pelletier, a qualifié sans doute avec raison « d’aberration » le fait que la Ville de Sherbrooke ait permis à Bitfarms de s’installer à cet endroit.

Mais, vérification faite auprès de la Ville, Bitfarms se trouve dans une vieille zone industrielle et respecte les normes et les usages permis à cet endroit.

Toutefois, aucune étude spécifique sur le niveau de bruit généré pas les activités de ce type d’entreprise n’a été effectuée par la Ville de Sherbrooke, avant que le projet soit autorisé, indique Louis Gosselin, chargé de communication.

Et, étonnement, la Ville n’avait pas l’obligation de mener une telle étude.

Compte tenu du fait que le minage de cryptomonnaie est un procédé relativement récent, la Ville n’aurait-elle pas dû s’informer davantage sur les impacts potentiels de l’arrivée de Bitfarms à proximité d’un secteur résidentiel?

Et pourquoi avoir privilégié un tel emplacement alors que Sherbrooke recèle d’autres parcs industriels situés en périphérie, notamment le Parc industriel régional, à la croisée des autoroutes 410 et 10/55, et la zone industrielle située à l’extrémité ouest du boulevard de Portland?

Bitfarms, qui avait annoncé en mars 2018 un investissement de 250 millions $ et la création de 250 emplois, exclut tout déménagement de son usine. On peut le comprendre.

Elle a donc la responsabilité, avec la Ville de Sherbrooke, de régler le problème de bruit.

Un comité formé notamment de résidents de la rue Raimbault, de Bitfarms, ainsi que des conseillers municipaux Paul Gingues et Marc Denault sera mis sur pied en vue d’améliorer la situation.

Il s’agit d’un pas dans la bonne direction, mais il faudra des résultats.

Car on ne peut tolérer une telle nuisance en milieu résidentiel ni abandonner les citoyens à leur désarroi.