Malgré la crise qui secoue le Bloc québécois et la grogne de plusieurs députés, Martine Ouellet a indiqué qu’elle n’avait pas l’intention de démissionner de son poste de chef du parti.

Comme une chicane de couple

CHRONIQUE / Il y a des images qui ne mentent pas dans la vie. Les conférences de presse émotives des députés démissionnaires du Bloc québécois d’une part, et du clan de Martine Ouellet de l’autre, m’ont fait penser aux reproches mutuels d’un vieux couple en train de divorcer. Madame Ouellet a eu beau dire que la porte reste ouverte et souhaiter que les mutins reviennent à la maison, il est trop tard.

Même l’offre de médiation a été rejetée. Comme dans un divorce acrimonieux, les parties ne veulent plus discuter et vont régler leurs querelles devant les tribunaux. Dans le cas du Bloc, c’est le tribunal de l’opinion publique qui va trancher.

Martine Ouellet n’abandonne pas. Il n’est pas question de démissionner, a-t-elle tranché en conférence de presse. Mais on voit mal comment elle pourrait rester quand Gilles Duceppe en personne statue qu’il y a un problème de leadership au cœur de cette querelle. L’ancien chef du Bloc estime que dans les circonstances, «elle» doit se retirer.

Vu de l’extérieur, il est difficile de comprendre que la controverse au sein du Bloc québécois puisse porter sur la priorité à donner à l’indépendance ou à la défense des intérêts du Québec. Après tout, le Bloc québécois a toujours fait porter ses batailles sur la défense des intérêts du Québec, tout en se réclamant de l’indépendance.

Permettez une hypothèse… C’est la seule explication plausible à cette querelle invraisemblable. Si j’ai tort, il faudra bien qu’on me donne une explication plus crédible, parce que je n’en vois pas d’autres. C’est une question d’argent et de sécurité d’emploi. 

Le salaire de base des députés du Parlement canadien a atteint 172 700 $ le 1er avril dernier. C’est un revenu important, de beaucoup supérieur à celui des députés de l’Assemblée nationale. Bref, c’est un emploi à la fois intéressant, mais également très payant. Le problème, c’est que les députés doivent être élus aux quatre ans. La prochaine échéance est en octobre 2019. Or dans le contexte actuel, il devient de plus en plus difficile de faire une campagne électorale en prônant ou en promettant l’indépendance du Québec. Il est beaucoup plus facile de convaincre les électeurs souverainistes ou nationalistes que la présence du Bloc est essentielle à Ottawa pour défendre les intérêts du Québec.

C’est là qu’arrive Martine Ouellet. Tout comme Mario Beaulieu, Mme Ouellet insiste sur la nécessité de porter haut et fort le flambeau de l’indépendance. Elle a tenu le même discours pendant ses deux courses à la direction du Parti québécois. Mais les péquistes lui ont préféré Jean-François Lisée qui mettait un bémol sur la souveraineté et insistait davantage sur la prise du pouvoir.

Pour les mutins bloquistes, la perspective de faire la prochaine campagne électorale sur les slogans indépendantistes de Martine Ouellet comportait un risque bien simple, celui de la défaite. Alors que la défense des intérêts du Québec, c’est beaucoup plus vendeur avec des dossiers comme celui de la Davie par exemple. De plus, ces députés ont pris l’habitude de faire campagne sur ce thème sous la gouverne de Gilles Duceppe. D’où la querelle actuelle.

Évidemment, il y a la personnalité de Martine Ouellet dans tout ça. La chef du Bloc n’a jamais eu la réputation de ménager ses collègues, de soigner leurs petites susceptibilités ou de s’intéresser à leurs inquiétudes. Elle aurait gagné à suivre des cours des Jean Charest ou de Brian Mulroney à ce sujet… Mais au-delà de sa personnalité, c’est le rôle du Bloc à Ottawa qui fait litige. Et sur cette question, les points de vue sont irréconciliables.