Il faudra cesser de présenter l’immigration comme une menace, écrit notre éditorialiste. Sur la photo, des migrants du Venezuela à la frontière équatorienne

Combattre la peur par la peur?

ÉDITORIAL / Même si le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, semble proposer une solution concrète à la francisation des immigrants, son idée d’imposer un test de français comme condition ne fait que pelleter le problème un peu plus loin dans le temps, et reporter l’odieux d’une éventuelle expulsion sur le fédéral. Ce n’est pas tout à fait ce qu’on appelle une solution gagnante.

On doit malgré tout lui reconnaître le mérite de vouloir au moins s’attaquer au problème, mais la technique de la carotte et du bâton a ses limites, surtout lorsqu’on parle d’expulser des citoyens qui auront vécu quelques années ici. 

M. Legault évite de parler d’expulsion, mais selon lui, tout immigrant qui n’aura pas satisfait aux tests après trois ans serait en situation d’illégalité, comme un touriste dont le séjour dépasse six mois ou un étranger dont le certificat de travail est échu. Tous ces cas justifient l’expulsion, et le chef caquiste conclut que le gouvernement fédéral n’aurait pas d’autre choix que de procéder au renvoi. Laisser Ottawa faire le sale boulot ne le rend pas plus acceptable. 

On comprend que M. Legault croit se laisser une marge suffisante, avec la période de trois ans, pour éviter d’en arriver à cette extrémité, mais si tel est le cas, la menace d’expulsion n’a pas sa raison d’être, puisqu’elle ne viserait en bout de ligne qu’un petit nombre d’individus. 

Pour apaiser la peur des Québécois devant un possible recul du français, est-il vraiment nécessaire de recourir à la peur pour les immigrants qui tentent de se refaire une vie? Devra-t-on aller jusqu’à séparer des familles? Il y a certainement moyen de hausser les attentes et les exigences en ce qui concerne la maîtrise du français, sans recourir à de tels extrêmes. 

Il est sans doute possible de rattacher certains services, certains avantages à la réussite du test de français sans aller jusqu’à l’expulsion. Espérons que la raison finira par prévaloir mais le chef de la CAQ ne s’est pas laissé de porte de sortie dans ce dossier ni dans celui du port de signes religieux d’ailleurs. S’il remporte son pari électoral, il va se rendre compte qu’il est plus facile de promettre une solution que de la mettre en application. 

De toute façon, aucune solution miracle ne pourra calmer l’inquiétude de certains Québécois face à la langue ou l’immigration. Les mesures proposées par la CAQ, comme certaines des mesures du Parti Québécois sur la neutralité religieuse, n’empêcheront pas la polarisation de l’opinion publique. La surenchère donne plutôt l’impression que les immigrants constituent une menace existentielle contre laquelle on doit poser des gestes radicaux. 

Le Québec ne peut se développer, en période de dénatalité, sans avoir recours à l’immigration. L’ouverture aux étrangers a d’ailleurs été un facteur important qui a contribué au développement économique de l’Ontario. Le Conference Board publiait une étude sur ce sujet l’an dernier, qui soutient qu’une hausse des niveaux d’immigration se traduirait par une hausse de la croissance économique à long terme. 

Les régions réclament elles aussi des mesures pour favoriser l’apport de travailleurs immigrants. La Fédération québécoise des municipalités demande d’ailleurs au prochain gouvernement de présenter une vision cohérente de la régionalisation de l’immigration, avec des moyens financiers suffisants pour la mettre en application. Il faudra toutefois cesser de présenter l’immigration comme une menace.