«Il apparaît impératif qu’une enquête soit réalisée par des experts totalement indépendants du Réseau de la santé», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.
«Il apparaît impératif qu’une enquête soit réalisée par des experts totalement indépendants du Réseau de la santé», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

CHSLD: les responsabilités du gouvernement Legault

POINT DE VUE / On reçoit maintenant confirmation de la décision prise par les autorités de transférer des personnes hospitalisées nécessitant des soins importants dans des CHLSD et d’autres établissements. Ceci visait à dégager des lits pour contrer un éventuel débordement de nouveaux patients atteints de la COVID-19.

Cette orientation a été maintenue malgré le fait qu’une telle occurrence devenait de moins en moins plausible selon les données obtenues et communiquées quotidiennement par le premier ministre François Legault. Les conséquences néfastes de la pratique de transférer des patients hospitalisés vers des CHSLD comportent maintenant un nombre significatif de décès chez des personnes âgées, dans un contexte où les familles ont souvent été privées de tout contact avec leur proche.

Toute personne, moindrement au fait de l’état du réseau de la santé et, notamment des CHSLD, pouvait s’interroger très fortement sur la capacité de ces derniers de prendre en charge les patients transférés et d’assurer à ceux-ci les soins nécessités par leur état.

La faible attraction des emplois offerts et le faible taux de rétention du personnel ont créé dans les CHSLD un manque chronique de plusieurs catégories d’employés. Ceci a conduit très fréquemment à l’épuisement des équipes en place et au départ de plusieurs de leurs membres. Cet état de fait était existant à la date d’apparition de la COVID-19, à la fin de février. 

En outre, il est depuis longtemps connu que les modalités de gestion poursuivies dans les CHSLD préconisaient l’embauche à temps partiel de plusieurs catégories d’employés, le tout dans un but d’économie et de gestion dite «efficace» (précarité du poste, pas de régime de retraite, affectation au gré de l’employeur, pas de syndicat...), de sorte qu’un très grand nombre de ceux-ci étaient à l’emploi de deux établissements. 

Le ministère de la Santé était au fait depuis très longtemps de cette problématique, héritée d’un précédent gouvernement. Mme McCann, à titre de ministre de la Santé, aurait dû avant tout transfert de patients, exiger l’arrêt total de cette pratique. Il est clair que ceci aurait exigé des efforts importants aux fins de reconstituer les équipes au sein de chacun des établissements. La possibilité de contaminations entre plusieurs établissements aurait ainsi été écartée. 

Par ailleurs, il faut signaler ici que cette pratique est très couramment utilisée dans le réseau privé d’établissements où le ministère de la Santé a conclu des ententes de services pour des clientèles comparables, avec des conditions de travail encore plus défavorables. Il faudra donc que Mme McCann interdise également cette pratique.

Dès le début, il est clair que l’attention du gouvernement a porté presqu’exclusivement sur l’évolution de la pénétration de la COVID-19 au sein de la population, des soins requis ou non par les personnes affectées et du nombre de décès survenus. Ces éléments, à portée statistique, ont permis de suivre la progression de cette maladie et de déterminer son éventuelle gravité. Ils ont par ailleurs servi à motiver les Québécois dans le suivi des recommandations de la Direction générale de la santé publique (DGSP), représentée par Horacio Arruda.

En parallèle, le réseau de la Santé a entrepris le transfert de plusieurs patients hospitalisés vers divers CHSLD. La pratique de ces transferts n’a pas été soulignée à la population, seules les familles proches étant avisées. Toutefois, aucune n’a cependant été informée des difficultés éprouvées par l’établissement de destination, notamment au regard de la COVID-19. Mme McCann, en réponse à des interrogations des familles touchées, de journalistes, de groupes représentant des résidents dans plusieurs types de résidences et de plusieurs autres intervenants, a fait part que les ressources nécessaires aux fins de rendre les soins étaient systématiquement transférées aux divers établissements. L’arrêt de ces transferts n’a été ordonné que tout récemment par madame McCann, après que le public en a été informé.

D’autre part, relativement à la circulation constante d’employés d’un centre à un autre, ce n’est que suite au constat de la mort de patients transférés par suite de la COVID-19 ou de complications créées par cette maladie, ce n’est que très récemment que la ministre a ordonné la fin de cette pratique.

Depuis plusieurs jours, les données accumulées par le gouvernement soulignaient à la fois un nombre de plus en plus élevé de contamination et de décès à l’intérieur de certains CHSLD, un nombre accru d’autres CHSLD contaminés et, plus récemment, de résidences privées également contaminées. Le gouvernement n’a pourtant entrepris que très tardivement les démarches nécessaires pour recueillir l’ensemble des informations pertinentes et pour apporter sans délais les correctifs appropriés. Malheureusement, ceci porte ombrage à la transparence dont M. Legault voulait faire preuve.

Il apparaît impératif qu’une enquête soit réalisée par des experts totalement indépendants du Réseau de la santé afin, notamment, de mieux cerner les initiatives prises par le ministère de la Santé, de revoir totalement le mode de gestion des CHSLD, d’établir les responsabilités du gouvernement au regard de la gestion et du financement de ces centres, de revoir les conditions de travail des personnes œuvrant dans ces derniers.

Finalement, dans le cadre du post mortem relatif aux stratégies adoptées par la Direction générale de la santé publique face à la pandémie, il sera utile d’étudier plus largement les initiatives adoptées par certains pays d’Asie, des résultats étonnants ayant en effet été obtenus par ceux-ci.