Nous devons aux gens des Premières Nations de leur accorder l’espace et le temps de la réparation.
Nous devons aux gens des Premières Nations de leur accorder l’espace et le temps de la réparation.

Cesser d’avoir peur

Agnès Maltais
Agnès Maltais
Ex-députée et ministre
POINT DE VUE / Le décès de Mme Joyce Echaquan a permis de soulever le tapis sous lequel nous cachons nos honteux secrets de famille depuis des décennies. Un geste courageux et en même temps désespéré, un appel à l’aide par le biais d’une vidéo Facebook, nous place devant la réalité, solide et inéluctable, sans possibilité de négation. Les autochtones vivent depuis toujours au Québec un racisme qui, s’il n’est pas érigé en système, a du moins infiltré les rouages de nos systèmes, l’éducation et la santé au premier chef.

J’en suis une témoin depuis toujours. Mon enfance sur la Côte-Nord, si elle m’a permis d’avoir la chance de côtoyer quelques Innus, m’a aussi rapidement enseigné la distance qui existe entre nos communautés. La perte de ma meilleure amie au secondaire I, qui a quitté mon école parce qu’elle y vivait trop de racisme, hante encore ma mémoire. Cette expérience a été marquante, car elle m’a alors ouvert les yeux sur le mépris insidieux que nous avions envers les autochtones. J’en ai vu des marques encore et encore pendant ma vie personnelle et ma carrière.

Je joins ma voix à celles et ceux qui réclament qu’on nomme le racisme systémique envers les autochtones du Québec et qu’on fasse tout ce qui est possible en notre pouvoir pour y remédier rapidement. Il faut un état des lieux, des dialogues, des formations, des tables de travail. Un tel chantier ne peut être différé. C’est le meilleur moyen d’honorer la mémoire de Mme Échaquan et de tous ceux et celles qui l’ont précédé dans la douleur.

Je connais toutes les difficultés de la vie politique et les calculs qui y sont associés. Dans les caucus, dont particulièrement ceux de la CAQ et du PQ, actuellement, les débats se font entre les tenants de la criante vérité (les autochtones sont victimes de racisme au Québec) et les calculateurs de vote, qui voient une résurgence des demandes de commission d’enquête sur le racisme systémique au Québec en lien avec  la contestation de la Loi 21.

Il faut cesser ces atermoiements. Nous devons aux gens des Premières Nations de leur accorder l’espace et le temps de la réparation. Nous avons besoin de leaders qui cessent les faux calculs et brandissent nos valeurs de justice et de solidarité comme bannières.

M. le premier ministre et cher François, amis et ex-collègues de la CAQ et du PQ, nommez le racisme systémique envers les autochtones et donnez-nous le défi d’y remédier, ensemble, premières nations et Québécois-es.