Le plus souvent, Harold Lebel prend la parole à l’Assemblée nationale pour dénoncer le sort réservé aux aînés et aux proches aidants. Jeudi, il a plutôt abordé la santé mentale des jeunes.

Ces enfants roulés en boule

CHRONIQUE / «Respire mon gars, prends le temps, tu vas te relever. La dernière fois ça a fonctionné, tu vas réussir, tu vas te relever.» Ces paroles sont celles d’un père à son fils roulé en boule sur le bord de l’autoroute, paralysé par une crise d’anxiété. Le fils est dans l’Ouest canadien, le père à Rimouski. Il est député péquiste de la circonscription.

Le plus souvent, Harold Lebel prend la parole à l’Assemblée nationale pour dénoncer le sort réservé aux aînés et aux proches aidants.

Jeudi, il a parlé de façon toute personnelle des troubles anxieux de l’un de ses fils, en compagnie de Patrice Coquereau, le comédien, auteur et conférencier qui a marché cet été 570 km, de Longueuil à Rimouski, au profit de Phobies-Zéro. 

«Je suis un père de famille, j’ai un fils qui, comme beaucoup de jeunes au Québec, a des problèmes d’anxiété. Ça veut dire que des fois, ton fils t’appelle, qu’il est roulé en boule, qu’il ne peut plus bouger, qu’il dit qu’il va mourir, qu’il ne s’en sort pas. Sa mère va le chercher, l’amène à l’urgence, et, après 10-15 minutes, il se calme et il sort de là tout heureux, puis c’est fini, sa crise est finie», a raconté le député en conférence de presse. 

Plus tard, M. Lebel a fait adopter une motion pour souligner l’exploit de Patrice Coquereau, mais aussi, pour que «l’Assemblée nationale enjoigne au gouvernement de bonifier les ressources en santé mentale et d’octroyer une aide financière supplémentaire aux organismes en place, dans les meilleurs délais, pour rendre les traitements des troubles anxieux accessibles à tous». 

Péquistes, caquistes, libéraux et solidaires sont tous d’accord. 

À la mine de ses confrères et consœurs parlementaires durant le court débat précédent le vote, M. Lebel a senti qu’il n’était pas seul à être touché par cette problématique. Sa motion s’en voulait une de sensibilisation. «Ce n’était pas une motion agressive.»

Vaincre l’anxiété

Sur la route de retour pour Rimouski, en entrevue téléphonique, M. Lebel souligne que c’est la première fois qu’il expose publiquement les difficultés de son fils Joseph-Étienne, âgé de 23 ans.

Vers 12-13 ans, ce dernier a reçu un diagnostic de déficit de l’attention. «À son entrée au cégep, il s’est mis à souffrir d’angoisse et d’anxiété. À chercher des repères.»

Joseph-Étienne a décroché du cégep. Il a débuté plus tard des cours en ébénisterie, qu’il a également abandonnés. «Quand la pression monte, l’anxiété revient et devient difficile à gérer.» Le papa, qui a lui aussi lâché le cégep avant d’avoir un diplôme, demeure cependant confiant que son fils va s’en sortir. 

Joseph-Étienne lutte contre l’anxiété, témoigne son père. Ses voyages, comme celui dans l’Ouest canadien ou celui au Laos, sont des défis pour lui. «Il se met en danger pour vaincre son anxiété.» Une anxiété qui évidemment entraîne son lot de stress pour les parents. 

Mais si ceux-ci paniquent à leur tour, Joseph-Étienne est là pour eux. C’est arrivé l’an dernier. Harold Lebel s’est retrouvé seul au Mexique après avoir passé une campagne électorale intense et entourée de dizaines de personnes. Seul, l’anxiété l’a envahie. «Respire, ça va aller», lui a dit à son tour son fils aîné. 

Lors de cette campagne électorale, le député péquiste s’est engagé à améliorer l’accès à des services pour les personnes souffrant de troubles d’anxiété.

Il juge intéressant le projet «Aire ouverte» pour les 12-25 ans lancé par les libéraux et poursuivi par le gouvernement Legault. «C’est par là qu’il faut aller et non vers les hôpitaux.»

Harold Lebel trouve épouvantable que tant de jeunes soient aux prises avec des problèmes d’anxiété. Dans sa circonscription, au Cégep de Rimouski, 300 des quelque 3000 étudiants ont des suivis particuliers, notamment pour des troubles d’anxiété. «Un cours de gestion de stress a affiché un record de 500 inscriptions.»

Il s’étonne et s’inquiète que la santé mentale, la gestion du stress ou de l’anxiété soient devenues une des priorités des associations étudiantes.

Lorsque le jeune Harold Lebel militait dans le mouvement étudiant dans les années 80, ces thèmes n’étaient pas à l’ordre du jour. 

Ils sont aujourd’hui incontournables pour les jeunes, pour leurs parents, pour les parlementaires, pour toute la société.