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Cégep en français ou en anglais?

Guy Gagné
Guy Gagné
Retraité du secteur collégial
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POINT DE VUE / Son prénom est Jade. C’est la fille d’une amie. Ses parents sont francophones. Après ses études collégiales, elle est partie étudier le droit civil en français à l’Université d’Ottawa. Trois ans plus tard, elle s’est inscrite à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) pour se spécialiser en droit du divertissement et elle y est devenue membre du barreau.

À la fin de ses études, Jade a été engagée pour un an par le Comité international olympique à Lausanne en Suisse. Depuis, elle travaille chez Eurovision à Genève. Aux deux endroits, Jade utilise aussi bien le français que l’anglais, toujours avec un petit accent québécois…

Entre temps, Jade a aussi complété une maîtrise offerte à distance par la Business School de Madrid. Mais tout dernièrement, elle vient d’être recrutée par Facebook pour un poste à New York.

La base: ses études collégiales en anglais au cégep régional Champlain.

Avec le projet de loi 96, le gouvernement entend contingenter le nombre de Francophones inscrits dans les cégeps anglophones parce que le fait français est menacé. Essentiellement à Montréal. Bonne idée? C’est à voir!

D’abord, l’anglais est de plus en plus la langue universelle. Il y a actuellement plus de Chinois qui parlent l’anglais que d’Américains. L’anglais, c’est la langue du commerce, des affaires, mais aussi de la science, de la recherche, de la technologie.

La maîtrise de l’anglais est devenue une compétence professionnelle incontournable… et loin d’être inutile pour ses loisirs.

Comment concilier cet impératif du bilinguisme avec la sauvegarde de notre identité francophone? D’autant plus difficile que nous vivons entourés de 360 millions d’Anglophones. D’autant plus difficile que les jeunes se définissent aujourd’hui, avant tout, comme des citoyens du monde. Non pas comme des Québécois, des Canadiens ou autres. Jade en est un bon exemple. Mais elle demeure fière de sa langue!

Faut-il cesser de vouloir maîtriser l’anglais pour protéger notre identité, comme certains le prônent implicitement? Les emplois bilingues, de différents niveaux, y compris les payants, comme les aime M. Legault, ne disparaîtront pas pour autant. Si nous ne sommes pas qualifiés pour les occuper, les Anglophones et les Allophones, dont la plupart sont bilingues, vont les prendre. Comme société, nous retournerons loin en arrière…

Culturellement, nous évoluons sur un fil de fer. Mais la défensive seule risque de nous mener dans un cul-de-sac. La meilleure solution reste l’offensive. Messieurs Lévesque, Parizeau et Landry étaient parfaitement bilingues.

D’abord, il faut renforcer la maîtrise du français chez les «pure laine». Je suis toujours renversé de voir qu’un grand nombre de diplômés universitaires sont sauvés de la catastrophe linguistique par des logiciels de correction.

Mettre davantage en valeur, aux différentes étapes du curriculum, la culture québécoise s’impose aussi: nous ne sommes plus à l’époque de «quelques arpents de neige». À part d’administrer le test uniforme de français aux Francophones qui étudieront dans un cégep anglophone, aucune mesure forte en ce sens dans le projet de loi.

Les cours d’anglais existants, aux différents niveaux, échouent à faire des travailleurs bilingues. Il faut donc améliorer ces apprentissages, les renforcer. Au collégial francophone, il faut inventer des nouvelles formules, créer des concentrations, s’inspirer des universités qui ont des échanges au national ou à l’international, etc.

M. Jolin-Barrette aurait avantage à prendre un café avec ses collègues à l’éducation!

Reste que la principale menace à notre identité culturelle, ce ne sont pas les quelques milliers de Francos qui décident de faire leurs études collégiales chez les Anglos. Ce sont les 47% d’immigrants qui ne vivent pas en français à la maison. Ça représente environ 25 000 personnes qui s’ajoutent chaque année, principalement à Montréal, et qui ne s’intègrent pas culturellement à notre société. Faut-il alors s’étonner que le portrait évolue négativement?

Pourtant, nous avons besoin des immigrants. Notre défi comme société est de les intégrer. Pour ce, il faut les prendre en charge sérieusement. Ce n’est pas le cas actuellement. Même la Vérificatrice générale le dit!

Messieurs Legault, Jolin-Barrette et autres politiciens, faites en sorte que toutes les Jade du Québec puissent continuer de rayonner sur notre planète!