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François Bonnardel
François Bonnardel

Cantons-de-l’Est ou célébration du colonialisme britannique

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LA VOIX DES LECTEURS / Le projet d’unir les deux MRC de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska à la région administrative de l’Estrie s’est concrétisé. Le ministre de la région de l’Estrie, François Bonnardel, en a fait l’annonce le 8 juillet. Considérant que les deux MRC avaient des affinités naturelles avec l’Estrie — en particulier dans le domaine touristique — il semblait plus logique de s’unir avec l’Estrie.

« C’est une nouvelle page d’histoire qu’on écrit ici aujourd’hui pour notre belle région de l’Estrie, qui peut-être un jour deviendra celle des Cantons-de-l’Est », a souligné M. Bonnardel.

La nouvelle page d’histoire concerne la réunification des deux MRC à la région administrative de l’Estrie; elle ne concerne pas le retour nostalgique à son ancienne appellation de Cantons-de-l’Est. Faut-il rappeler au ministre que cette idée de revenir à la traduction de l’appellation administrative coloniale anglaise du 18e siècle d’Eastern Townships, ce n’est pas ce que l’on pourrait décrire comme une nouvelle page d’histoire. La nouvelle page d’histoire en lien avec le nom de cette région administrative a eu lieu en 1946.

À cette époque, un débat eut lieu où on devait choisir entre un nom bien français et une traduction respectueuse d’une partie de l’Histoire coloniale, celle de la remise d’une partie du territoire québécois aux mains des loyalistes américains par le roi George III, grand-père de la reine Victoria.

Or, en 1946, Maurice O’Bready (1901-1970), alors secrétaire général de la Société historique des Cantons-de-l’Est, proposa de changer la désignation « Cantons-de-l’Est » pour le terme « Estrie », plus aisé à intégrer en français par l’adjectif « estrien », d’autant plus que le vocable « Cantons-de-l’Est » était une traduction de « Eastern Townships ».

Il semble qu’une consultation populaire aura lieu pour demander aux citoyens de choisir entre conserver un relent de l’histoire coloniale du Québec ou continuer de prendre en main leur destinée bien québécoise, celle d’un peuple « maître chez lui ». À refuser de s’assumer pleinement à titre de peuple souverain, peut-être sommes-nous encore très enclins à perpétuer notre heureux passé colonial.

Tout le territoire de l’Estrie rappelle de façon très éloquente la présence constructive de la communauté anglophone formée d’Irlandais, d’Écossais, de Britanniques, d’Américains : nous n’avons qu’à faire la liste des noms anglais que portent fièrement les comtés, les villes, les villages, les rivières, les montagnes de cette région. Faut-il rappeler que la désignation administrative du mot « canton » a depuis longtemps été modifiée par la création des administrations municipales qui, dans certains cas, ont conservé l’ancien mot « canton » dans le nom de leur municipalité.

Ce serait un triste retour en arrière que de refuser de rappeler très fièrement que les Québécois ont repris le contrôle administratif de leur territoire dans un Québec moderne, un Québec du XXIe siècle, un Québec français comme veut le rappeler la fameuse loi 96 du gouvernement caquiste. Avons-nous été marqués de manière si indélébile par des siècles de colonialisme que nous sommes encore tentés de choisir une traduction d’assimilés plutôt que la création d’un mot bien québécois ? Nous vivons avec le mot « Estrie » depuis 65 ans, pourquoi revenir en arrière ?

Rappelons-nous qu’il n’y a pas si longtemps neuf Québécois francophones parlaient automatiquement anglais à l’arrivée d’un concitoyen anglophone. Il fallait conserver de bonnes relations et éviter de déplaire. Demandons au nationaliste François Bonnardel : le mouton de la Saint-Jean est-il mort ?

André Beauregard

Shefford