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«Ces jours-ci, après un acte haineux cherchant à semer la terreur, on termine en disant que cette ou ces personnes veulent implanter un sentiment de peur chez une communauté. Je ne peux qu’acquiescer, bien entendu. Du même souffle, je dirai que ce qui motive le terroriste, c’est aussi la peur», écrit André Kirouac de Québec.
«Ces jours-ci, après un acte haineux cherchant à semer la terreur, on termine en disant que cette ou ces personnes veulent implanter un sentiment de peur chez une communauté. Je ne peux qu’acquiescer, bien entendu. Du même souffle, je dirai que ce qui motive le terroriste, c’est aussi la peur», écrit André Kirouac de Québec.

Campagne de vaccination contre la peur de l’autre

André Kirouac
André Kirouac
Québec
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POINT DE VUE / La première fois où j’ai travaillé dans un musée dont une salle était consacrée aux guerres, j’avais 17 ans. La dernière fois où je suis sorti d’une telle salle d’exposition, c’était il y a deux mois après 44 années à côtoyer des hommes et des femmes qui ont connu, et connaissent encore, les guerres. Quelque 44 années à réfléchir à la question que se sont posée un jour Freud et Einstein. Pourquoi la guerre?

Ma réponse vaut la vôtre, mais je m’y risque tout de même. Alors, pourquoi? Pourquoi la guerre, je réponds la peur et la perte d’un sens moral, d’une éthique personnelle et d’un sens de la bienveillance envers l’autre.

Ces jours-ci, après un acte haineux cherchant à semer la terreur, on termine en disant que cette ou ces personnes veulent implanter un sentiment de peur chez une communauté. Je ne peux qu’acquiescer, bien entendu. Du même souffle, je dirai que ce qui motive le terroriste, c’est aussi la peur. Il a peur de perdre son identité, son territoire, sa foi ou une vie comme lui ou elle la conçoit. Au premier chef, c’est aussi une question de perte du sens de l’autre, de l’éthique envers les autres, de bienveillance envers les autres qui s’est perdue.

Un humain ayant peur de l’autre réagit, à l’extrême, de la sorte. Il transfère sa propre peur sur un autre qu’il ne voit pas comme lui se voit. Il en va de même des pays et des guerres. Pourquoi les «Make mon pays great again»? Pourquoi les Mein Kampf?

Après une énième tuerie, on se recueille et on répète les «plus jamais» jusqu’à la suivante. Idem après une guerre ou un massacre. Qu’est-il écrit sur le monument à Hiroshima? Allez lire. Pourtant, on doit bien admettre que cela continue. Que faire alors?

La campagne de vaccination actuelle réussira à rejoindre probablement plus de 80 % des Québécois, toutes foi, race ou origine confondues. Pourquoi? Parce que nous avons peur d’un virus. Alors, pourquoi ne pas maintenant imaginer une campagne de vaccination contre la peur de l’autre? Nous sommes devenus vraiment excellents dans le domaine. Une campagne positive, intensive, remplie de rencontres dans les parcs, les entreprises et les écoles, tout comme sur les ondes et sur le Web. Fini les demi-mesures, une vaccination de masse dans laquelle même les radios dites de droite embarqueront sous la force du groupe. Monsieur le maire Labeaume parle d’ouvrir un large débat, d’accord, mais comment encourager ceux qui ont les préjugés et les peurs des autres les plus ancrés en eux sinon en menant une campagne de masse? Ma piste, la conscientisation à l’impact qu’ont tous ces gestes racistes, homophobes, islamophobes et autres sur des êtres humains semblables à ceux qui attaquent et jugent. Et si vous, vous et vous étiez victimes de ces mêmes gestes, que feriez-vous? Nous faisons confiance aux scientifiques afin de concocter des vaccins, nous «suivons la science». Idem pour un vaccin contre la peur et pour des injections de morale et de bienveillance. Imaginons des consortiums de spécialistes de l’éthique, d’historiennes et historiens, de sociologues, ethnologues et anthropologues qui créeront la dose à injecter avec des rappels annuels. Je suis persuadé qu’une campagne efficace en ressortira. Utopie? On répondra rapidement oui, mais avons-nous le choix de ne pas réfléchir?