Le Québec doit importer plus de 75 % de son bœuf destiné à la consommation.

Bœuf Québec ou bœuf de l’Ouest ?

En pleine saison du soleil et des barbecues, bien des gens se demandent d’où provient la viande qu’ils s’apprêtent à savourer.

Ces derniers temps, des ententes ont été signées entre les parcs d’engraissement du Québec et plusieurs chaînes d’alimentation ayant comme appellation Bœuf Québec. Soit du bœuf né et engraissé au Québec, nous dit-on.

Mais tout ce bœuf est-il réellement né au Québec? Non. En manque de quantité et de qualité, certains parcs d’engraissement achètent leurs veaux directement de l’Ouest canadien, même s’il leur en coûte souvent plus cher. Car ici, au Québec, le gouvernement a, ces dernières années, laissé tomber la production en coupant aveuglément dans le coût de production à l’Assurance stabilisation et dans l’aide à l’amélioration génétique. Ce faisant, le Québec a perdu 50 % de ses producteurs vaches-veaux, la base même de la production. Et ceux qui restent ont peine à joindre les deux bouts. Ce qui se traduit par pas ou peu d’amélioration aux terres, aux bâtiments, à la machinerie, à part s’endetter lourdement. Quant à la génétique, des éleveurs sans liquidités se voient contrés de garder un veau du troupeau comme géniteur (problèmes de consanguinité), ou achètent, à pas cher, un « rack à bicycle » au lieu de pouvoir se procurer un taureau dit améliorateur en facilité au vêlage, en gain et en rendement en viande. Trois critères nécessaires à une production efficace, tant au point de vue du naisseur, du parc d’engraissement, du boucher, ainsi que du consommateur pour la qualité de la viande.

Vrai qu’existent toujours les programmes PATBQ et Services-conseils coûtant des millions au gouvernement, mais à cause de la pauvreté des éleveurs vaches-veaux, ces programmes ne semblent servir qu’à mettre de l’argent dans les poches de fonctionnaires et dans celles de la Fédération des producteurs de bovins (UPA).

Ce qui fait qu’en bout de ligne, il n’y a pas ou peu de relève en production bovine. Les terres moins aptes aux grandes cultures sont laissées en friche, ou encore achetées par des gens de la ville pour faire paître deux ou trois chevaux. Quel gaspillage! Surtout dans le contexte où le Québec doit importer plus de 75 % de son bœuf destiné à la consommation.

« Fiers de faire partie de la recette » est le slogan de l’UPA. Il serait temps que le bœuf en fasse partie. À commencer par l’amélioration génétique, peu importe la race, au lieu de faire confiance à l’ajout controversé d’hormones destinées au bétail faisant engraisser, encore plus, les entreprises pharmaceutiques qui les fabriquent.

Jean-Pierre Patry
Éleveur de Weedon