Les candidats durant le débat

Branchés ou plus mêlés?

ÉDITORIAL / Quatre électeurs sur 10 avaient confié à la firme Léger que leur choix pourrait changer après le débat des chefs. Après deux heures d’échanges et de «sages» confrontations entre Philippe Couillard, Jean-François Lisée, François Legault et Manon Massé, ils risquent d’être encore indécis. Aucun des candidats ne s’est vraiment démarqué.

Mme Chagnon, la première citoyenne à poser sa question sur la santé, a avoué ne pas avoir été très éclairée par les réponses données par les quatre candidats. Bien des électeurs ont dû avoir le même sentiment. Les chefs n’ont pas étonné, ils ont joué de prudence, ils ont repassé en partie leur cassette.

Philippe Couillard a même fait rejouer celle où il accuse les gouvernements précédents d’être responsables des ratés du système de santé et de celui de l’éducation. Misère. Il y a longtemps que les cancéreux n’ont plus à se rendre aux États-Unis pour se faire soigner.Après presque 15 ans de règne libéral, l’argument ne porte plus.

Les électeurs ne sont pas dupes. La rigueur budgétaire du gouvernement libéral a fait mal. Le chef péquiste l’a habilement noté en parlant du déficit de compassion de M. Couillard. Maintenant que le Québec dispose d’une marge de manœuvre financière, les citoyens auraient sûrement apprécié que les chefs insistent sur la nécessité de faire davantage de prévention en santé, de se doter d’une stratégie pour faire face au vieillissement de la population, aux maladies chroniques. Miser trop sur la révision de la rémunération des médecins pour améliorer le système de santé ne réglera pas tout.

La façon dont les chefs ont traité de l’éducation a aussi été décevante. Outre la prise de bec entre M. Couillard et Legault, bien peu de choses pour faire sentir que l’éducation deviendra une réelle priorité. Pas un seul mot sur l’enseignement supérieur. Le chef de la CAQ semble croire que la maternelle à 4 ans est une panacée, comme si offrir des services éducatifs de qualité dans tous les types de services de garde avant 4 ans n’était pas tout aussi, sinon plus important.

Le volet sur l’environnement aura aussi déçu. Manifestement, il ne suscite pas l’engouement des caquistes et des libéraux. Avec raison, Manon Massé a reproché à ses adversaires de ne pas se préoccuper de cette dette laissée aux jeunes, de ne proposer que des «mesurettes».

Est-ce la forme du débat ou les questions choisies, le volet économie n’a pas permis non plus de savoir comment le futur gouvernement fera pour accroître la productivité du Québec. La façon dont il se prendra pour mieux intégrer les immigrants non plus. Il pressait plus pour M. Legault de dire que le chef libéral était un donneur de leçons.

À écouter les politiciens en campagne, les Québécois peuvent croire que les finances publiques ne verront jamais plus d’encre rouge.

Les électeurs auraient toutefois avantage à ne pas se laisser leurrer par les gros chiffres et l’optimisme des chefs. Des économistes ont critiqué les cadres financiers de la CAQ et du Parti libéral parce que ces deux partis financent une partie de leurs promesses électorales en prévoyant une croissance économique plus forte. Ils financent leur lot de promesses en gonflant les revenus attendus.

Comme l’indiquait cette semaine à La Presse, Robert Gagné, professeur d’économie à HEC Montréal, un surplus de 950 millions $ pour trois ans, ce n’est même 1 % des dépenses du Québec. «Quelqu’un qui gagne 100 000 $ par année ne partira pas sur le party pendant un mois avec un petit coussin de 1000 $. Il faut arrêter de dire qu’on nage dans l’argent».

Il faut s’en souvenir. Il reste 17 jours à la campagne et les chefs tenteront encore de nous séduire.