Il est particulièrement troublant d’entendre le vice-président américain Mike Pence remercier le Canada de son soutien et d’ajouter du même souffle que les négociations pour renouveler l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) progressent.

Bombardements inutiles

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont bombardé la Syrie en guise de représailles aux récentes attaques chimiques du régime de Bachar Al-Assad contre son peuple. « Mission accomplie », a claironné le président américain et chef des armées Donald Trump. Cette nouvelle démonstration de force aurait réduit considérablement la capacité du dictateur syrien d’utiliser des armes chimiques. De nature à plaire au lobby militaro-industriel, cette riposte s’avère pourtant impuissante à mettre un terme final à cette guerre qui perdure depuis trop longtemps déjà.

Les frappes dites de précision ont ciblé trois centres de recherches et de production d’armes chimiques. Interdites, leur utilisation doit bien sûr être condamnée. Faute de pouvoir en produire, Damas trouvera bien une façon de s’en procurer si tel est son vœu. Tout comme l’an dernier, ces bombardements punitifs n’auront malheureusement que peu d’impact sur l’issue de ce conflit. Par contre, un fait apparaît indéniable, le régime de Bachar Al-Assad a remporté la guerre contre Daech. Soutenu par la Russie, le dictateur semble bien en selle et la communauté internationale n’aura peut-être d’autre choix que de négocier avec ce diable.

Amnistie internationale note avec justesse que le peuple syrien a déjà trop souffert de ce conflit, aussi inutile que dévastateur, qui déchire le pays depuis mars 2011. L’organisme presse les États-Unis et leurs alliés de prendre toutes les précautions pour minimiser le tort causé aux civils durant les actions militaires de représailles. Les recommandations semblent avoir été suivies, même s’il est aujourd’hui trop tôt pour en connaître les pertes réelles.

Par ailleurs, aucun militaire russe ne semble avoir été touché par l’attaque. Quelques heures auparavant, le président américain aurait eu un échange téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine. On peut facilement imaginer qu’il a été prévenu de tenir ses troupes à bonne distance des centres de recherche syriens. Même si Moscou a joué les vierges offensées et prévenu que d’éventuelles actions allaient entraîner des conséquences, cette avenue apparaît peu probable, du moins militairement et de manière à aggraver le conflit.

Pour sa part, le gouvernement canadien a choisi d’appuyer les États-Unis et ses alliés. Depuis Lima au Pérou où il prenait part au Sommet des Amériques, Justin Trudeau a réitéré qu’il s’agit d’une mesure « malheureuse, mais nécessaire ». Permettez-nous d’en douter et de rappeler au premier ministre que les actions pour la paix, du moins à ce stade du conflit, sont davantage susceptibles d’y mettre fin comparativement à des frappes militaires. Le Canada a d’ailleurs plus de chance de réintégrer un jour le conseil de sécurité des Nations-Unies en se faisant l’apôtre de la paix plutôt que d’appuyer indistinctement une administration américaine belliqueuse et fort contestée.

Il est particulièrement troublant d’entendre le vice-président américain Mike Pence remercier le Canada de son soutien et d’ajouter du même souffle que les négociations pour renouveler l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) progressent. Une nouvelle entente serait même à portée de main.

L’ALENA est bien sûr essentiel à l’économie canadienne. Le huard supporterait très mal de voir ralentir des échanges de plus de deux milliards de dollars par jour. La question n’est pas là. Que le Canada cède au chantage odieux des Américains et flatte du bon bord les ailes de l’aigle laisse par ailleurs un goût étrange dans la bouche. Trop d’êtres humains sans défense ont inutilement perdu la vie dans le conflit syrien. Le prolonger indûment pour sauver un accord commercial laisserait du sang sur les mains des Canadiens.