François Rebello

Beaucoup d'inconnues

ÉDITORIAL / Aussi valable et intéressant soit-il, le projet de 90 millions $ en vue d'une liaison ferroviaire pour passagers entre Sherbrooke et Montréal doit faire l'objet d'une étude de faisabilité indépendante pour permettre aux villes de la région, qui sont sollicitées à hauteur de 8 millions $, de savoir dans quoi elles s'embarquent.
Car à l'heure actuelle on ne connaît pas la validité ou la justesse des coûts présentés par le promoteur François Rebello, ni les montants que le secteur privé et les gouvernements seraient prêts à investir.
Après avoir présenté le printemps dernier une analyse de marché réalisée par la firme Ipsos et des chercheurs de l'École de polytechnique de Montréal, l'homme d'affaires a rencontré mardi les élus de plusieurs villes situées le long de la voie ferrée, dont Farnham, Lac-Brome, Bromont, Cowansville et Sherbrooke, en vue d'obtenir un engagement financier de 8 millions $ sur 10 ans de leur part.
M. Rebello évalue la participation de la Ville de Sherbrooke à 3 millions $ sur 10 ans pour ce projet de 90 millions $, qui comprend notamment la mise à niveau de la voie ferrée afin de permettre au futur train de rouler à 88 km/h (55 miles à l'heure). En ce moment, les convois ne peuvent dépasser la vitesse de 40 km/h (25 miles à l'heure) en raison du mauvais état des rails.
Selon les informations transmises par M. Rebello, la participation du secteur privé s'élèverait à 38 millions $, dont 25 millions $ de la compagnie qui exploite les voies, Chemin de fer du Centre du Maine et du Québec (CMQ), tandis que Québec et Ottawa seraient appelés à injecter 44 millions $.
Selon l'analyse de marché de M. Rebello, un train de passagers Sherbrooke-Montréal permettrait jusqu'à 2500 déplacements quotidiens (à un tarif de 46 $ en aller simple), à la condition que le train roule à 88 km/h, ce qui n'a rien d'un TGV.
Le promoteur a également en main un avis d'un chercheur de l'Université Laval selon lequel la présence d'une gare de passagers a un impact positif sur la valeur foncière des propriétés et génère des revenus additionnels pour les municipalités.
Alors que Farnham soutient déjà le projet avec l'octroi de 46 500 $ par année pendant 10 ans, et que Lac-Brome, Bromont et Cowansville pourraient aussi y donner leur appui, Sherbrooke entend évaluer l'ensemble du dossier avant de décider, ce qui est sage.
Du reste, mercredi, le député fédéral de Brome-Missisquoi, Denis Paradis, est venu jeter une douche froide sur le projet.
Il estime que le dossier est mal ficelé et s'interroge sur l'évaluation des coûts, d'autant plus qu'il soutient avoir reçu de CMQ une estimation des coûts de 40 millions $ uniquement pour la réfection des rails entre Sherbrooke et Montréal.
Nonobstant l'intérêt que peut représenter ce projet, ne serait-ce que parce qu'il permettrait de réduire le nombre de véhicules sur les routes et, conséquemment, les émissions de gaz à effet de serre, le promoteur aurait peut-être intérêt à refaire ses devoirs.
Bien que certaines municipalités se disent prêtes à donner leur appui au projet, la Ville de Sherbrooke devrait s'assurer de l'intérêt et des montants que sont prêts à investir la compagnie CMQ et les gouvernements supérieurs avant de dire oui.
Autre élément à considérer : en bons Nord-Américains, les Estriens sont des adeptes de la voiture individuelle et il faudra les convaincre de changer leurs habitudes de transport.
Le projet de M. Rebello est intéressant et pleinement justifié, ne serait-ce qu'au plan environnemental, et la contribution de 3 millions $ sur 10 ans demandée à la Ville de Sherbrooke n'est pas exorbitante.
Mais il faut une étude indépendante sur les coûts et des garanties sur l'engagement financier des différents partenaires.