Aux urnes en famille

CHRONIQUE / Sur la route menant à Sutton, samedi dernier, ma petite de neuf ans a manifesté sa surprise de ne pas voir « François » (Bonnardel) — comme si elle avait gardé les cochons avec lui dans une autre vie ! — sur les pancartes de la CAQ.

— C’est qui, elle ? qu’elle nous a demandé, confuse et visiblement déstabilisée.

— Elle, mon ti-chat, c’est Isabelle Charest, la candidate pour la CAQ… dans Brome-Missisquoi, que je lui ai dit. On n’est plus dans Granby ici. On est dans une autre circonscription que la nôtre, dans Brome-Missisquoi. Les candidats aux élections ne sont pas les mêmes partout. Des gens qui se présentent aux élections, il y en a plein à la grandeur du Québec, dans plein de circonscriptions.

La surprise était totale pour elle qui avait passé la semaine à tenter de coller le bon nom au bon visage et au bon parti : François Bonnardel, Coalition avenir « du » Québec. Lyne Laverdure, Parti libéral « québécois ». Chantal Beauchemin, Parti « québécoise ». Anne-Sophie Legault, Québec « solitaire ». Daphnée Poulin, « la partie verte ». Pierre Bélanger, Parti « de conservation québécoise ».

À ceux qui se questionnent à savoir si c’est son père et moi qui avons « poussé » pour qu’elle s’intéresse ainsi à la politique, sachez qu’il n’en est rien du tout. Et cela n’a aucun lien non plus avec le fait que sa mère soit journalissssse à La Voix de l’Essssss, soit dit en passant.

Parce que c’est connu. Nous, les journalistes, sommes censés nous intéresser à tout ce qui bouge et avoir une opinion sur tout. Les programmes de chaque parti, on sait ça par cœur nous, tout comme les éléments chimiques du tableau de classification périodique, le contenu du Code criminel ou encore tout ce qui s’est écrit sur Hydro-Québec depuis bien avant la crise du verglas de 1998.

Euh, je suis désolée de péter votre balloune, mais moi, les programmes électoraux, je les connais autant que je sais que l’antimoine représente le 51e élément et que son symbole est Sb.

C’est un sacrilège de l’avouer — certains de mon espèce aimant tellement montrer l’étendue de leurs connaissances —, mais personnellement, la politique, je la vis à peu de choses près comme ma voisine de la rue parallèle à la mienne : en lisant les journaux et en me faisant résumer les débats. Car oui, j’ai commis ce grand crime !

Même si ça paraît bien de dire qu’on a regardé le débat devant la machine à café, moi, j’ai préféré me plonger dans la lecture d’un bon roman.

Et, semble-t-il, j’ai très bien fait finalement, car plusieurs m’ont confirmé que je n’avais rien manqué.

Ceci dit, n’allez pas penser que mon intérêt timide pour la politique me retiendra d’aller voter le 1er octobre. D’autant plus que cette année, l’événement sera « familial ».

Avec Les petits bureaux de vote, les enfants de 3 à 12 ans peuvent, et ce, partout au Québec, accompagner leurs parents dans les bureaux de scrutin le jour des élections. Voilà pourquoi notre petite est capable de nommer tous les candidats qui se trouvent sur notre route entre la maison et l’école. Entre l’épicerie et la pharmacie. Entre le dentiste et l’école de danse… C’est Madame Anne, dans le cours d’univers social, qui les a initiés à la politique.

Sur leur bulletin de vote, pas de candidats toutefois. Les enfants, paraît-il, auront simplement à répondre à une question portant sur la démocratie ou sur le processus électoral. Quand même.

J’espère juste que le Directeur général des élections a pensé poser une question fermée, sinon il n’est pas sorti du bois !

Parlant de question, ma fille ne cesse de nous demander pour qui nous voterons, son père et moi, le 1er octobre. Pour éviter qu’elle ne sème à tous les vents nos intentions, je lui ai dit avoir fait La Boussole électorale de la Société Radio-Canada, récemment. Sur la question identitaire et au sujet des enjeux socio-économiques (grands principes que nous lui avons [très] vite vulgarisés, bien sûr), je lui ai dit que la boussole indiquait que je penchais du côté de la CAQ, alors qu’au point de vue de mon « accord avec un parti en particulier », je me rapprochais plus du PLQ, parti pour lequel je n’ai jamais voté de ma vie ! Tu sais, parfois les boussoles se dérèglent sans qu’on sache vraiment pourquoi, que je lui ai fait remarquer...

Pour encaisser le coup, je lui ai dit avoir aussi fait La Boussole, version simple, d’Infoman.

Comme ma couleur préférée est le vert, je devrais voter vert, qu’on m’a annoncé. Il me reste encore cinq jours pour me faire une tête.

Le but avec Les petits bureaux de vote est de faire vivre une expérience de démocratie concrète aux enfants. Du coup, ça nous permet à nous, parents un peu usés par le passage des années à coup de quatre, d’échanger avec eux sur le sujet, et ce, même si on n’est pas les plus politisés du monde entier.

À leur arrivée dans un bureau de vote, les jeunes se verront offrir un autocollant et une fois leur bulletin déposé par leur petite main dans l’urne, ils recevront un tatouage. Soyez sans crainte : celui-ci ne sera pas permanent. Une caractéristique propre à la politique. Curieux qu’on ait décidé de leur offrir ce présent au lieu d’un paquet de gommes ou d’une balloune, non ?

Avec ce joli tattoo éphémère, c’est à se demander si on ne voulait pas, subtilement, préparer les petits électeurs au fait que certaines choses, dans ce joyeux milieu, ne restent pas en place bien longtemps...