Au secours du français

ÉDITORIAL / Le fait que près de la moitié, 47 pour cent, des futurs enseignants échouent à l'examen de français obligatoire pour l'obtention de leur brevet, à la première passation, est de prime abord très inquiétant.
Pour bien des parents et observateurs du milieu de l'éducation, il est pour le moins surréaliste de penser qu'autant de futurs diplômés, ceux et celles qui se destinent à enseigner aux enfants, donc à déceler et corriger leurs erreurs en grammaire et en orthographe, aient de la difficulté en français.
Des nuances s'imposent toutefois : d'abord parce qu'une grande proportion d'étudiants font le Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE) durant leur première année d'études et peuvent, en cas d'échec, le reprendre autant de fois qu'il le faut au cours de leur baccalauréat de quatre ans.
De plus, dès la deuxième année d'études, le taux d'échec diminuerait à 20 pour cent.
Et, en 2016, seulement 1,4 pour cent des futurs enseignants n'avaient pas réussi le TECFEE après leur quatrième tentative, dit Serge Striganuk, doyen de la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke et président de l'Association des doyens, doyennes et directeurs, directrices pour l'étude et la recherche en éducation au Québec (ADEREQ).
« Dès leur arrivée (au baccalauréat), les étudiants doivent passer un test diagnostic en français, ce qui donne des indications. Dès ce moment-là, la majorité des universités leur offrent de la formation (...). Une formation plus intense (en français) a des effets durant le bac; on a quatre ans pour les former et c'est nécessaire de réussir le test pour avoir son brevet », ajoute M. Striganuk.
L'ADEREQ demande toutefois au gouvernement de limiter à quatre le nombre de passations de l'examen, mais n'a obtenu aucun engagement ou échéancier jusqu'ici.
Mais, encore là, est-ce raisonnable de permettre à des étudiants qui se destinent à enseigner de se reprendre jusqu'à quatre fois pour réussir un examen de français?
Cela ne témoigne-t-il pas de lacunes dans l'enseignement de cette langue en amont, au primaire et au secondaire?
Le problème de la qualité du français écrit et parlé n'est pas nouveau : depuis une quinzaine d'années, les ministres de l'Éducation qui se sont succédé ne sont pas parvenus à redresser la situation, malgré des initiatives pour assurer un meilleur soutien pédagogique et l'amélioration de la formation des futurs enseignants.
L'enseignement n'est pas nécessairement le premier choix pour certains étudiants, ce qui pourrait expliquer leur manque d'aptitudes en français, mais il est certainement possible de faire mieux pour les autres.
Pour l'heure, on semble récolter les fruits d'années de dilution de l'enseignement du français dans des projets pédagogiques tous plus ésotériques les uns que les autres et de dévalorisation de la profession d'enseignant.
Les coupes budgétaires de près d'un milliard $ du gouvernement Couillard en éducation ces dernières années - diminution de l'aide alimentaire pour les élèves de milieux défavorisés, suppression de l'aide aux devoirs et coupes dans les services de soutien aux élèves en difficulté - ont eu un impact sur la qualité de l'apprentissage des élèves, malgré toute la volonté des enseignants.
Ces futurs cégépiens et universitaires vont en souffrir.
Les étudiants en enseignement actuels font sans doute de leur mieux avec les moyens qu'on leur a donnés.
Malgré une certaine apathie des Québécois pour la défense et la promotion du français, il est impératif de renforcer l'enseignement de base en français, l'écriture et la lecture, dès le début de la scolarisation et de donner aux artisans du monde de l'éducation les moyens de le faire. Il faut se porter au secours du français à l'école.
Petit rappel douloureux : l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) révélait en 2014 que le taux d'analphabétisme au Québec était de 19 pour cent chez les 16 à 65 ans.