Denis Dufresne
Alors que le Québec appréhende une pénurie de gants et de masques protecteurs, les groupes communautaires, pourtant jugés essentiels en ces temps de crise de la COVID-19, apparaissent laissés-pour-compte par le gouvernement Legault, faute d’avoir accès à ce matériel de protection.
Alors que le Québec appréhende une pénurie de gants et de masques protecteurs, les groupes communautaires, pourtant jugés essentiels en ces temps de crise de la COVID-19, apparaissent laissés-pour-compte par le gouvernement Legault, faute d’avoir accès à ce matériel de protection.

Au front

ÉDITORIAL / Alors que le Québec appréhende une pénurie de gants et de masques protecteurs, les groupes communautaires, pourtant jugés essentiels en ces temps de crise de la COVID-19, apparaissent laissés-pour-compte par le gouvernement Legault, faute d’avoir accès à ce matériel de protection.

« Les groupes qui sont au front soutiennent le filet communautaire et on est de la chair à canon », lance Claudelle Cyr, directrice du Regroupement des organismes communautaires (ROC) de l’Estrie.

Ce constat, certes brutal, illustre l’inquiétude de ces groupes qui offrent une aide directe aux plus démunis, comme les services alimentaires, l’hébergement ou le soutien en santé mentale.  

De nombreux employés du secteur de la santé expriment eux aussi leurs craintes de contagion dans leur milieu de travail en raison du manque de matériel pour se protéger du coronavirus.

Du reste, plus de 200 travailleurs et travailleuses du réseau québécois de la santé seraient atteints de la COVID-19.

Or, au dire du ROC de l’Estrie, faute d’avoir accès à ce même matériel, la situation serait encore plus à risque chez les travailleurs et travailleuses des groupes communautaires.

Il faut évidemment faire la part des choses : le personnel médical et de soutien qui œuvre dans les hôpitaux est directement exposé au coronavirus, bien davantage que la majorité des travailleurs, ce qui nécessite des protocoles sévères.

Il est donc tout à fait légitime que le matériel de protection lui soit accessible en priorité.

Le gouvernement du Québec est à pied d’œuvre pour obtenir dans les prochains jours des gants et des masques supplémentaires, souvent fabriqués à l’étranger.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a même décidé vers la fin de la semaine dernière de transférer du matériel médical des régions les moins touchées par la COVID-19 vers celles qui le sont davantage.

Le réseau des ressources intermédiaires d’hébergement, où vivent des milliers de personnes âgées en perte d’autonomie, éprouve lui aussi des problèmes d’approvisionnement en matériel de protection.

Quant aux organismes communautaires, il semble malheureusement qu’ils doivent composer avec les moyens du bord, c’est-à-dire avec peu. Ils doivent être entendus.

Le gouvernement Legault, qui a lancé il y a une dizaine de jours un vibrant appel au bénévolat, a aussi évoqué une aide rapide aux organismes communautaires qui, a-t-il dit, « donnent aux plus mal pris ».

Mais, aux yeux de la directrice du ROC de l’Estrie, cela ne se traduit pas par un accès à des gants ou à des masques pour le personnel et les bénévoles sur le terrain.

« Nous, on est à zéro! », affirme Claudelle Cyr. 

La crise de la COVID-19 se traduit aussi par une surcharge de travail pour le personnel des groupes communautaires encore actifs, en plus d’entraîner une révision inédite des façons de faire.

Chez Moisson Estrie, par exemple, on voit les réserves d’aliments baisser alors qu’on appréhende une augmentation des demandes d’aide alimentaire lorsque les personnes qui se retrouvent sans travail auront épuisé leurs économies.

La Chaudronnée, qui sert habituellement des déjeuners et des dîners aux personnes démunies dans sa salle à manger, a dû se résoudre à fermer ses portes et à offrir des repas pour emporter en raison des règles de distanciation sociale. 

Les groupes communautaires effectuent un travail essentiel pour aider les personnes les plus démunies.

Ils sont bien souvent le dernier rempart contre l’isolement, la faim et le désespoir.

Conséquemment, il faut offrir à leurs employés et à leurs bénévoles les moyens de se protéger de cette pandémie.