Au-delà des taxes

ÉDITORIAL / Il est beaucoup trop facile de conclure que le gel de la taxe foncière de 2018 était une erreur. Certes, la hausse moyenne du compte de taxes des contribuables sera de 3,25 pour cent en 2019, soit un point de pourcentage de plus que l’indice des prix à la consommation qui s’établissait à 2,21 pour cent en août dernier.

Toutefois, la hausse moyenne est de seulement 2,34 pour cent pour le propriétaire d’une résidence unifamiliale. C’est tout près du taux d’inflation. Pour les propriétaires d’immeubles qui subissent une plus forte augmentation, cela découle aussi de l’impact du nouveau rôle d’évaluation et de la valeur accrue des immeubles locatifs.

Même si la décision du maire Steve Lussier n’était pas sans impact pour le futur et sur le prochain budget, il faut aussi admettre qu’il a donné un répit aux contribuables dont le portefeuille est très sollicité. Ce répit demeure un acquis pour les contribuables. En outre, on ne peut pas blâmer le maire, nouvellement élu, d’avoir rempli une promesse majeure de sa campagne électorale. Après tout, il venait de remporter une victoire claire avec différents engagements, dont le gel de la taxe foncière.

Le maire plaide également que « Sherbrooke est une ville en croissance constante et demeure, parmi les grandes villes du Québec, l’une de celles dont les augmentations de taxes sont les plus basses pour les deux dernières années combinées. »

Autre élément à prendre fortement en considération est la charge fiscale moyenne par logement des grandes villes québécoises. « Sherbrooke, souligne M. Lussier, figure, en fonction des données de 2018, comme étant la plus basse de toutes les grandes villes québécoises. » Cette charge est de 1767 $ à Sherbrooke contre 1837 $ à Saguenay ou 1946 $ à Trois-Rivières et 2320 $ à Gatineau. Ces données sont très fiables et démontrent que les Sherbrookois, globalement, s’en tirent à bon compte lorsqu’ils se comparent. Pour comprendre la bonne position de Sherbrooke, il faut aussi souligner l’impact des 20 millions de dollars de revenus d’Hydro-Sherbrooke versés dans le budget de fonctionnement, ce qui est un avantage indéniable par rapport à d’autres grandes villes.

Au-delà de la hausse des taxes, qui fera une ponction de 8 millions de dollars dans le portefeuille des contribuables, il faut cependant regarder la croissance générale des dépenses. Des élus ont voté contre le budget en soulevant certaines questions très pertinentes.

Nous l’avons déjà écrit dans cette page par le passé, les dépenses de la Ville de Sherbrooke augmentent souvent trop rapidement et s’éloignent beaucoup de la hausse de l’inflation. Un meilleur contrôle des dépenses aurait été souhaitable. Les dépenses en 2019 font un bond de 4,9 pour cent, soit 14,7 millions de dollars. C’est beaucoup trop.

Les frais de financement coûteront l’an prochain 5,2 millions de dollars de plus, pour atteindre tout près de 60 millions annuellement. « La gestion de l’endettement de la Ville est une préoccupation constante », affirme le maire. On l’espère. Pourtant, on a réduit encore une fois les immobilisations payées comptant qui baissent à seulement 3 millions, contre 4 en 2018 et 5 en 2017. On puise aussi un million de plus en 2019 dans les surplus accumulés, soit 9,5 millions, pour atteindre l’équilibre sans augmenter davantage le fardeau fiscal ou réduire les dépenses. De cette somme, un million provient même de Récup-Estrie.

Dans ce contexte, on se questionne sur la décision d’ajouter 37 postes à la Ville pour atteindre 1993 postes alors que les pressions à la hausse étaient très fortes sur le budget. Au poste de la rémunération, la dépense globale augmente de près de 6 millions de dollars ou environ 5 pour cent. C’est trop.

La hausse du compte de taxes pour bien des propriétaires n’est ni une grande surprise ni disproportionnée, mais le contrôle de la croissance des dépenses est décevant. On réduit encore la marge de manœuvre pour les années à venir.