Au bout du rouleau

ÉDITORIAL / Les syndicats et les travailleurs de la santé le disent depuis longtemps : les conditions de travail se détériorent, le personnel est sur les talons et le nombre de congés de maladie pour des problèmes psychologiques monte en flèche.

Résultat : un coût de plus en plus élevé pour le réseau comme le démontrent les chiffres dévoilés jeudi par le conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le système semble pris dans une spirale sans fin.

Car plus il y a d’employés en congé de maladie et plus ceux et celles qui demeurent en poste se retrouvent en surcharge de travail afin d’assurer le niveau de service, ce qui coûte une petite fortune en heures supplémentaires et ouvre la porte à l’épuisement professionnel, donc à davantage d’absences.

À l’heure actuelle, selon les données du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, 1500 employés sur un total de 17 000, soit 9 pour cent, sont en congé de maladie, dont la moitié en raison de problèmes psychologiques.

Et cela a un coût : sur le déficit de 17 millions $ (sur un budget de 1,4 milliard $) enregistré pour les six derniers mois au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, 3,3 millions $ sont liés aux absences pour maladie et à l’assurance salaire, 6 millions $ ont été versés en heures supplémentaires et en primes et 1,5 million $ ont servi à l’embauche de ressources d’appoint.

Jusqu’où cela va-t-il aller?

En juillet dernier, le Journal de Montréal révélait que le nombre de congés de maladie avait explosé depuis cinq ans dans le réseau québécois de la santé.

En Estrie, la hausse aurait été de 47 pour cent entre 2012 et 2017 chez les employés et de 129 pour cent chez les cadres.

La situation est évidemment prise au sérieux par les directions du réseau, bien que le ministère de la Santé ne semble guère s’en préoccuper.

Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, les gestionnaires vont tenter d’être plus présents sur le terrain pour identifier les causes qui mènent à autant de congés de maladie.

Toutefois, le problème apparaît plus global, structurel, du moins si on se fie au dire de nombreux acteurs du système.

La réforme du système de santé mise en place par le ministre Gaétan Barrette a entraîné d’énormes changements pour les employés et le personnel-cadre des hôpitaux et CHSLD.

Nombreux sont ceux qui dénoncent un haut niveau de désorganisation et une surcharge de travail en raison du manque de main-d’oeuvre et de l’alourdissement de la clientèle.

En Estrie, les effets de la fusion de 14 établissements de santé, les regroupements de services et la réduction du nombre d’employés-cadres, en 2015, n’ont visiblement pas fini de faire sentir leurs effets.

L’an dernier, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux avait lancé un cri d’alarme affirmant que la détresse psychologique et la désorganisation avaient atteint un niveau jamais vu dans le réseau québécois.

La situation est la même chez le personnel infirmier et les préposés aux bénéficiaires contraints de faire des heures supplémentaires pour pallier le manque de main-d’oeuvre et les absences, un problème dénoncé par la CSN, qui demande de « lever le pied sur la réforme ».

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les problèmes de santé mentale sont maintenant l’une des principales causes de l’absentéisme au travail.

En plus d’avoir un coût pour les organisations, comme en témoigne le déficit du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, l’absentéisme engendre des problèmes de productivité qui peuvent, on l’imagine, avoir un impact sur la qualité des services dans un secteur aussi pointu que la santé.

En outre, cela peut rendre les emplois en santé moins attrayants.

Au train où vont les choses, le ministre Barrette ne peut continuer à faire la sourde oreille.